Le gouvernement canadien a vigoureusement dénoncé hier la décision de Téhéran de condamner le blogueur irano-canadien Hossein Derakhshan à 19 ans de prison. Une prise de position qui réjouit la copine du blogueur, Sandrine Murcia.

Catherine Handfield LA PRESSE

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s'est dit «extrêmement inquiet» hier par la nouvelle qui circulait dans les médias iraniens. Le site d'information Mashreghnews a révélé qu'Hossein Derakhshan a été condamné lundi à 19 ans de prison, la peine la plus lourde jamais prononcée contre un blogueur iranien.

«Si c'est vrai, cela s'avère complètement inacceptable et injustifiable, a déclaré Lawrence Cannon dans un communiqué. (...) L'Iran doit le libérer, ainsi que les autres personnes ayant une double citoyenneté qui ont été détenues injustement.»

Le blogueur de 35 ans a notamment été reconnu coupable de «collaboration avec des États ennemis», de «publicité contre la République islamique» et d'«insulte envers le sacré», toutes des accusations liées à ses activités sur le web. En Iran, ces «crimes» sont passibles de la peine de mort.

«Le Canada croit qu'où qu'elle soit, une personne ne devrait pas être punie pour avoir exercé son droit inhérent à la liberté d'expression», a poursuivi le ministre Cannon.

«Exercer des pressions»

Le gouvernement canadien entend «continuer d'exercer des pressions» sur les autorités iraniennes. Téhéran, qui ne reconnaît pas la double nationalité des Iraniens, a jusqu'à maintenant refusé qu'Ottawa visite son ressortissant en prison.

Hossein Derakhshan est détenu depuis deux ans à la prison d'Evin, à Téhéran, où la Montréalaise Zahra Kazemi a été tuée en 2003.

Le manque de collaboration des autorités iraniennes dans cette affaire avait provoqué une sérieuse détérioration des relations entre les deux pays.

Jointe à Paris, hier, la copine d'Hossein Derakhshan, Sandrine Murcia, s'est dite «ravie» d'entendre une déclaration aussi ferme de la part d'Ottawa. «Enfin! s'est-elle exclamée. Ça fait deux ans que je fais des démarches auprès de l'ambassade du Canada pour obtenir un tel appui.»

Sandrine Murcia, 40 ans, a rencontré Hossein Derakhshan en France, où il s'est installé en 2007 après avoir vécu sept ans en Ontario. En octobre 2008, il est retourné à Téhéran pour couvrir l'élection présidentielle de juin 2009. Il a été arrêté 15 jours après son arrivée.

«Il n'a pas d'affaire en prison, il n'a rien fait de mal et il faut continuer de faire pression», a dit Mme Murcia, qui a pris l'initiative de médiatiser la cause de son compagnon en France. L'avocat du blogueur aurait fait savoir qu'il interjetterait appel.