Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a répondu aux demandes de clarification de Washington en suggérant des «mesures de confiance» pour relancer le dialogue avec les Palestiniens, sans toutefois les détailler et dans un climat de crispation persistant.

Philippe Agret AGENCE FRANCE-PRESSE

Dans un souci d'apaisement, M. Netanyahou a appelé jeudi soir la secrétaire d'État Hillary Clinton pour lui faire part «de mesures visant à établir un climat de confiance» qui pourraient être prises par Israël et les Palestiniens.

Interrogé, le porte-parole de M. Netanyahou, Mark Regev, s'est refusé à tout commentaire.

L'administratrion Obama pressait depuis plusieurs jours Israéliens et Palestiniens de «prendre des mesures pour rebâtir la confiance».

Selon les médias israéliens, Mme Clinton avait multiplié les pressions en ce sens sur M. Netanyahou.

Elle aurait notamment exigé qu'il gèle la construction à Jérusalem-Est, où les Palestiniens veulent établir leur future capitale alors qu'Israël considère l'ensemble de la Ville sainte comme sa capitale «indivisible et éternelle».

Réuni à Moscou, le Quartette pour le Proche-Orient (États-Unis, ONU, UE et Russie) a demandé vendredi à Israël de «geler» toute activité de colonisation.

Si Israël n'a pas encore officiellement réagi, un haut responsable israélien, contacté par l'AFP, a estimé sous couvert d'anonymat que l'État hébreu avait «déjà fait un geste en déclarant un moratoire de dix mois des constructions dans les implantations, qui ne concerne pas Jérusalem».

Selon les médias israéliens, Benjamin Netanyahou serait prêt à faire des gestes de bonne volonté envers le président modéré de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, notamment en libérant des prisonniers et en levant des barrages en Cisjordanie occupée.

Il serait aussi disposé à mettre en sourdine les projets de construction dans les quartiers de colonisation à Jérusalem-Est, à l'origine du coup de froid avec Washington, mais sans rien céder sur le fond.

Selon la radio militaire, citant des sources gouvernementales, M. Netanyahu a refusé un gel des colonies à Jérusalem-Est, dont l'annexion en 1967 n'est pas reconnue par la communauté internationale, mais il aurait promis la discrétion.

Pour l'ex-consul général israélien à New York, Alon Pinkas, cela revient à dire à Washington: «Don't ask, don't tell» («Ne rien demander, ne rien dire»), expression se référant à la loi américaine qui impose aux militaires homosexuels de ne pas dévoiler leur orientation sexuelle.

Cela sera toutefois difficile puisque les appels d'offres pour les nouvelles constructions sont publics.

En outre, selon deux sondages publiés vendredi, une majorité d'Israéliens s'oppose à un gel de la colonisation à Jérusalem-Est.

Selon M. Pinkas, interviewé par la radio militaire, «le plus probable, c'est que la crise ne va pas être résolue mais qu'elle va faire moins de bruit».

M. Netanyahu, qui selon le quotidien Yediot Aharonot sera bien forcé d'accepter un ralentissement de la colonisation, doit se rendre dimanche à Washington pour participer au congrès annuel de l'AIPAC (American Israël Public Affairs Committee), le principal lobby juif aux États-Unis.

«Il y a des contacts pour organiser des rencontres entre M. Netanyahu et des dirigeants américains», a indiqué jeudi un officiel israélien sous couvert de l'anonymat. Selon lui, une entrevue est «possible» avec Mme Clinton.

En revanche, des responsables américains n'ont pas été en mesure de dire si le président Obama rencontrerait M. Netanyahu.

Cette crise -la pire depuis des décennies- a suscité des échanges virulents, le président américain étant la cible de politiciens et de la presse d'extrême droite.

Selon une enquête d'opinion publiée par le Haaretz (gauche), une forte majorité d'Israéliens (69%) considère néanmoins que le président Obama a une «attitude honnête ou même positive» envers Israël, contre 21% de l'avis contraire.