Les Irakiens ont célébré lundi le retrait des troupes américaines des villes et agglomérations au milieu de mesures de sécurité exceptionnelles pour éviter que des attentats gâchent la fête.

Mis à jour le 29 juin 2009
Ammar KARIM AGENCE FRANCE-PRESSE

Des dizaines de milliers d'Irakiens se sont pressés dans l'immense parc Zawra de Bagdad, pour assister à une mégafête. Dans une atmosphère bon enfant, ils se prêtaient volontiers à trois fouilles de la police avant de gagner le jardin pour écouter les plus célèbres chanteurs et groupes de musique irakiens.

Des nombreux drapeaux irakiens se mêlaient à des banderoles sur lesquelles étaient inscrits notamment «Bagdad a traversé des moments difficiles mais aujourd'hui c'est le jour où il retrouve sa souveraineté et son indépendance».

L'invasion conduite par les États-Unis en 2003 s'est transformée rapidement en chaos puis en guerre confessionnelle avant que l'armée et la police irakiennes, largement épaulées par les forces américaines reprennent le dessus sur les insurgés de tous bords.

«Depuis 2003, je n'avais jamais été à une fête et aujourd'hui je viens écouter les chanteurs que j'adore», assure Ahmed Ali, 20 ans.

Quand le premier chanteur Salah Hassan interprète «l'Irak est loyal à son peuple», c'est le délire. En voyant devant eux ce chanteur qui vit à l'étranger, les jeunes crient leur bonheur et les policiers dansent en se déhanchant.

Cette foule cherche manifestement à oublier les jours où des dizaines de milliers d'Irakiens étaient enlevés, torturés, égorgés, abattus ou massacrés par des voitures piégées.

«Aujourd'hui, je sens que mon pays m'appartient à nouveau. Je suis venu écouter les chanteurs que je n'ai pas vus depuis 2003. C'est vraiment très sympa de les voir de retour au pays», assure Salem Mohammad, 25 ans du quartier chiite de Sadr City.

D'autres chanteurs très connus en Irak mais vivant à l'étranger, comme Kassem Sultan et Abed Falek, qui avaient interprété des chansons à la gloire de l'ancien dictateur Saddam Hussein, sont là.

Dans la matinée a eu lieu la passation de la dernière des 86 positions américaines à Bagdad. Les Irakiens ont repris possession de l'ancien ministère de la Défense dans le centre de la capitale. Ce bâtiment construit en 1938 était occupé depuis 2003 par les forces américaines.

«C'est le symbole de sa souveraineté que s'approprie à nouveau notre peuple et ce moment marque la fin de la domination de la Force multinationale», a affirmé le général Abboud Qambar, commandant de la chambre d'opérations de Bagdad.

Le retrait américain mardi des villes s'inscrit dans l'accord de sécurité signé en novembre par Bagdad et Washington et qui doit aboutir fin 2011 au départ de toutes les troupes américaines d'Irak.

Un des quatre Grands ayatollahs chiites, cheikh Ali Bachir al-Najafi, s'en est réjouit. «C'est un premier pas qui, je l'espère, sera suivi par d'autres afin que le pays recouvre son indépendance et sa souveraineté», a-t-il dit à l'AFP.

Ces dernières semaines ont été marquées par des attentats qui ont fait au moins 200 morts et le premier ministre Nouri al-Maliki a accusé les Takfiri (sunnites extrémistes) et les baassistes d'en être les auteurs.

«Nous craignons que certains criminels essayent de poursuivre leurs attaques. C'est pourquoi des ordres strictes ont été donnés par le premier ministre pour que toutes nos forces soient sur le terrain jusqu'a nouvel ordre», a indiqué à la télévision le général Abdel Karim Khalaf, porte-parole du ministère de l'Intérieur.

Désormais ce sont les 500 000 policiers et 250 000 militaires irakiens qui prennent en charge la sécurité dans les localités et seulement un petit nombre de 131 000 soldats américains pourront rester dans les centres urbains comme formateurs et conseillers alors que le reste sera cantonné dans des camps hors des villes.