Avant les législatives de dimanche dernier, peu d'observateurs en Russie auraient parié sur une marée humaine anti-Poutine dans les rues de Moscou. Et pourtant. Après une semaine de manifestations, plus de 35 000 personnes ont confirmé sur Facebook qu'elles participeraient cet après-midi à un grand rassemblement «pour des élections honnêtes» dans le centre-ville de la capitale. Que s'est-il passé pour que les Russes passent de la résignation à l'indignation? Et que se passera-t-il maintenant? Voici quatre clés pour comprendre la colère russe.

Mis à jour le 10 déc. 2011
Frédérick Lavoie, collaboration spéciale LA PRESSE

Légitimité

Selon les résultats officiels, Russie unie a remporté le scrutin du 4 décembre avec 49,54% des voix. Après répartition des sièges, la formation de Vladimir Poutine conserve de peu sa majorité à la Douma (238/450 sièges). Or, en excluant les bureaux de scrutin où les observateurs indépendants ont recensé des fraudes, le parti du pouvoir n'aurait récolté que 30% des suffrages. Sa majorité étant attribuable aux fraudes, le «Parti des bandits et des voleurs», comme l'ont surnommé ses détracteurs, n'aurait ainsi plus la légitimité pour diriger. Les contestataires exigent donc un nouveau scrutin.

Pacte

Depuis 12 ans, le pacte tacite entre Vladimir Poutine et la population russe semblait inébranlable: en échange d'une hausse constante de leur niveau de vie et d'une relative stabilité, les citoyens devaient se tenir loin de la sphère politique et laisser le «leader national» diriger à sa guise. La plupart s'y résignait, utilisant les quelques espaces de liberté pour entretenir une vie démocratique parallèle. Or, si Vladimir Poutine estime toujours que la stabilité «ne tient qu'à un fil», la population semble voir la situation d'un autre oeil. Pour plusieurs, le pays est prêt à délaisser la poigne de fer pour «risquer» la démocratie. D'où le vote massif pour les partis de l'opposition, et l'indignation après que ce choix n'eut pas été respecté.

Opposition

En verrouillant l'accès aux médias et à l'appareil de l'État pour ses opposants, le régime s'est assuré qu'aucune figure ne puisse émerger comme une solution de rechange valable à Vladimir Poutine et son parti. Il existe plusieurs leaders de l'opposition, mais aucun ne fait l'unanimité pour mener un éventuel mouvement commun, et encore moins le pays. Depuis le début des manifestations postélectorales, ces personnalités ont tout de même réussi à mettre de côté leurs différends pour protester ensemble, du jamais vu depuis plusieurs années.

Révolution

Pour l'instant, il ne semble pas y avoir de dissension à l'intérieur même du régime. Les dizaines de milliers de membres des forces de l'ordre qui encercleront Moscou aujourd'hui sont totalement acquis au pouvoir. Pour espérer répéter le scénario de la révolution orange en Ukraine voisine en 2004 et forcer le régime à tenir un nouveau scrutin, ils devront résister plusieurs jours dans le froid de l'hiver moscovite.