C'était du jamais vu depuis 1979: jusqu'à deux millions de fonctionnaires britanniques ont vociféré leur colère contre l'importante réforme des retraites en particulier et contre la politique d'austérité du gouvernement de David Cameron en général. La grève, d'une ampleur rare au Royaume-Uni, a perturbé le système scolaire, les hôpitaux et les services municipaux dans tout le pays.

Mis à jour le 1er déc. 2011
Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

«Je n'ai jamais fait la grève de ma vie.» Comme beaucoup de Britanniques, Kenton Summer, 35 ans, a hésité avant de se mêler à la foule qui portait les couleurs de 30 centrales syndicales, hier, à Londres. Un petit calcul sur l'impact qu'aura la réforme des retraites sur sa pension l'a fait changer d'idée.

«J'aurais besoin d'une hausse salariale de 20% pour compenser mes pertes de revenus comme pensionnaire», dit-il en haussant la voix au-dessus des sifflets et des sons de percussions.

D'ordinaire peu enclins aux mobilisations sociales, jusqu'à deux millions d'enseignants, de travailleurs de la santé et de la fonction publique ont tenté de forcer le premier ministre David Cameron à céder du terrain sur sa réforme des retraites.

Le gouvernement britannique veut hausser l'âge de la retraite de 60 à 66 ans, augmenter les cotisations au régime de 3,2% et diminuer les rentes.

Les négociations entre les syndicats et Downing Street, qui a qualifié la grève d'«irresponsable», sont au point mort depuis le 2 novembre dernier.

Les manifestations d'hier ont entraîné la fermeture de 62% des écoles anglaises et l'annulation ou le report de 7000 opérations médicales sur 30 000 dans le système de santé britannique. Dans la capitale, le service ambulancier peinait à répondre aux appels d'urgence.

Malgré ces perturbations, 61% des Britanniques ont appuyé l'arrêt de travail, le plus important depuis 1979. Signe que le vent tourne dans l'opinion publique, la même proportion s'était opposée à la première grève, en juin dernier.

«Le gouvernement a tenté de dresser les travailleurs du secteur privé contre nous, explique Mark Serwotka, directeur général du syndicat PCS, fort de 30 0000 membres. La population comprend maintenant que c'est une attaque en règle contre les pauvres.» Ses syndiqués obtiennent à l'heure actuelle 8500$ CAN en rentes annuelles.

Les grévistes partageaient la même indignation devant les mesures d'austérité de Cameron. «Si notre gouvernement avait l'argent pour sauver les banques de la faillite et bombarder la Libye, pourquoi n'en a-t-il pas pour nos retraites?», s'interroge Judy Green, 49 ans.

Jane Darongar, 43 ans, pensait à l'avenir de ses enfants. «Je ne veux pas que mes fils soient obligés de subvenir à mes besoins», dit l'enseignante.

Même si le nombre de participants à la grève était toujours incertain en fin de journée, David Cameron avait déjà qualifié la manifestation de «pétard mouillé».

Mais les syndicalistes, qui disposent d'un trésor de guerre de 1 milliard de dollars, étaient gonflés à bloc hier. «Si le gouvernement ne nous revient pas avec une offre sérieuse d'ici deux semaines, nous envisagerons d'autres grèves», dit Mark Serwotka à La Presse.