Sous pression, la star du gouvernement allemand, le ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg, a renoncé vendredi temporairement à son titre de docteur tout en démentant les accusations de plagiat.        

Céline LE PRIOUX AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je vais renoncer au titre temporairement, j'insiste temporairement, jusqu'à ce que soient fournis les résultats de l'examen» par l'Université de Bayreuth (Bavière) de cette thèse de doctorat en droit de 2006, a-t-il dit devant des journalistes, à Berlin. Sur son site internet, son titre a désormais disparu.

Il a reconnu en le regrettant que sa thèse comportait «sans aucun doute» des fautes. Mais «ma thèse n'est pas un plagiat», s'est-il défendu, rejetant cette accusation «avec véhémence».

Il avait été convoqué dans la nuit par la chancelière Angela Merkel pour s'expliquer sur les accusations de plagiat, à peine rentré d'une visite aux troupes en Afghanistan.

M. zu Guttenberg n'a pas évoqué une possible démission, réclamée par certains membres de l'opposition. «Les gens dans ce pays attendent que je me consacre avec toute mon énergie à la fonction» de ministre de la Défense «qui demande beaucoup et je peux le faire», a-t-il dit.

Le jeune ministre (39 ans) a présenté «sincèrement» ses excuses à toute personne qu'il aurait pu blesser en faisant sa thèse, écrite en plus sept ans de «façon minutieuse». Au moins deux plaintes en liaison avec les accusations de plagiat ont été déposées contre lui auprès du parquet de Bayreuth.

Il est accusé d'avoir recopié des extraits de plus d'une trentaine de publications diverses, de l'ouvrage savant jusqu'au site internet de l'ambassade des États-Unis, dans la thèse qui lui vaut le titre de Docteur en Droit Summa cum laude de l'Université de Bayreuth (Bavière) depuis 2007.

Cette institution lui a donné deux semaines pour se justifier et des spécialistes du piratage sur internet font tourner leurs moteurs de recherche.

L'un des poids lourds du gouvernement, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, a minimisé vendredi matin l'affaire sur la radio Deutschlandfunk. «Une erreur cela arrive à tout le monde», a-t-il dit en évoquant une «exagération médiatique comme on a souvent». «Je voudrais rencontrer l'homme qui n'a jamais fait de fautes», a-t-il ajouté.

Il a toutefois reconnu que ce «ministre de la Défense exceptionnellement efficace» devait faire la «lumière aussi vite que possible».

En Allemagne, on ne plaisante pas avec les titres universitaires, Docteur ou Professeur, que l'on affiche fièrement sur sa carte de visite, voire sa réservation de train.

L'aristocrate ministre, qui a troqué l'Économie pour la Défense en octobre 2009 à la faveur d'une bavure en Afghanistan pour laquelle son prédécesseur a démissionné, et qui est parfois présenté comme un successeur de Merkel, s'est déjà retrouvé au centre de plusieurs polémiques.

Boucles noires gominées et sourire éclatant, le baron Karl-Theodor von und zu Guttenberg, dont le lignage remonte au Moyen-Age, apparaît régulièrement dans les magazines, en smoking, en battle dress ou en T-shirt à un concert de rock.

Cette exposition médiatique fait grincer des dents dans un pays où les politiques sont discrets sur leur vie privée.

Vendredi, il a choisi de s'expliquer devant quelques journalistes triés sur le volet, alors qu'au même moment tous les autres attendaient des éclaircissements à la traditionelle conférence de presse gouvernementale: une bourde de communication qui a provoqué une bronca de la presse berlinoise.