Devant un tribunal de Pristina, au Kosovo, sept hommes ont été accusés hier d'avoir exploité un réseau international de trafic d'organes, dont auraient notamment bénéficié des Canadiens. Une accusation assez grave en elle-même, mais qui n'est qu'une des activités criminelles d'un plus large réseau mafieux auquel est mêlé... le premier ministre kosovar lui-même, Hashim Thaçi.

Judith Lachapelle LA PRESSE

Le Conseil de l'Europe, organisation intergouvernementale réunissant 47 pays autour de la Convention européenne des droits de l'homme, lie la clinique Medicus - où officiaient les trafiquants d'organes - à une importante organisation du crime organisé kosovar. Dans un rapport dont le quotidien britannique The Guardian a révélé des extraits hier, le Conseil révèle que ce réseau de criminels bénéficie de contacts très hauts placés au gouvernement du Kosovo, incluant le premier ministre Hashim Thaçi. L'un des accusés de la clinique Medicus est d'ailleurs un ancien haut fonctionnaire du ministère de la Santé.

Les conclusions du rapport sont extrêmement dures pour le premier ministre kosovar: Hashim Thaçi est présenté comme le leader d'un réseau actif dans la contrebande d'armes, d'héroïne et d'organes humains. Thaçi a d'ailleurs été réélu dimanche dernier lors des premières élections législatives organisées au Kosovo depuis la proclamation d'indépendance de l'ancienne province serbe en février 2008.

Dans la cause entendue hier à Pristina, les transplantations ont eu lieu en 2008. À l'époque, une vingtaine de donneurs pauvres originaires de Moldavie, du Kazakhstan, de Russie et de Turquie, se sont fait offrir 20 000$ pour leurs organes. Les receveurs, de nationalité allemande, polonaise, israélienne et canadienne, ont payé jusqu'à 200 000$ pour les obtenir. Selon l'enquête, les donneurs n'ont jamais reçu l'argent promis.

Un chirurgien, Lutfi Dervishi serait aussi lié au kidnapping, au meurtre et à la récolte d'organes de civils serbes par l'Armée de libération du Kosovo. Ces activités ont été détaillées dans un livre de l'ancienne procureure général du Tribunal pénal international Carla Del Ponte, basé sur des informations recueillies auprès de journalistes occidentaux. Les révélations ont conduit le Conseil de l'Europe à mener son enquête sur le terrain. Le rapport sera rendu public demain.

Suspects recherchés

Les documents déposés au tribunal révèlent que le chirurgien Dervishi a rencontré le médecin turc Yusuf Sonmez, déjà recherché en Turquie pour trafic d'organes, en 2006. Les deux hommes ont opéré dans la clinique privée gérée par le fils de Dervishi, Arban, lui aussi au banc des accusés, tout comme quatre autres médecins et anesthésistes kosovars. Le septième accusé est Ilir Rrecaj, ancien secrétaire permanent au ministère de la Santé, qui aurait accordé la licence à la clinique.

Deux suspects, le Dr Sonmez et un citoyen israélien, sont toujours recherchés par Interpol.

La police kosovar a commencé à enquêter sur les activités de la clinique Medicus en novembre 2008 après avoir intercepté un citoyen turc visiblement mal en point à l'aéroport de Pristina. Un rein lui avait été retiré. Lors d'une fouille à la clinique, les policiers ont découvert un citoyen israélien recevant des soins postopératoires et un rein humain.

Avec AP et The Guardian