La justice a frappé au coeur de l'Église catholique de Belgique, confrontée depuis deux mois à des scandales de pédophilie, en perquisitionnant jeudi le siège même de l'institution à la suite de nouvelles accusations d'abus sexuels visant des ecclésiastiques.

Philippe Siuberski AGENCE FRANCE-PRESSE

Une trentaine d'enquêteurs et de policiers ont investi le palais épiscopal de Malines, au nord de Bruxelles, siège de l'archidiocèse de Malines-Bruxelles et «chef-lieu» de l'Église catholique de Belgique.

Les enquêteurs recherchaient des documents ou toute autre forme de preuve pouvant «étayer ou non» des «accusations dénonçant des abus sur mineurs commis par un certains nombre de gens d'Église», a expliqué à l'AFP un porte-parole du parquet de Bruxelles, Jean-Marc Meilleur.

Il s'agit d'un «dossier récent», a insisté M. Meilleur, refusant de donner le nom du ou des plaignants ou de préciser qui était visé par ces accusations.

La justice semble également s'intéresser à des cas plus anciens, puisque les enquêteurs ont emporté les quelque 450 dossiers ouverts par la Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuel dans le cadre d'une relation pastorale.

Il s'agit d'une instance indépendante dirigée par le pédopsychiatre Peter Adriaenssens et dont le siège est également à Malines.

Selon le journal De Standaard, les perquisitions visent également à déterminer si tous les dossiers arrivés aux responsables catholiques ont bien été transmis à cette commission.

L'ancien primat de Belgique, Mgr Godfried Danneels, a lui-même été convoqué jeudi au palais épiscopal par les enquêteurs. Et son domicile a été perquisitionné, selon des médias belges.

Les perquisitions de jeudi se sont déroulées alors que se tenait une réunion des évêques belges, en présence du représentant du Vatican, le nonce apostolique.

Après l'éclatement de scandales de pédophilie en Irlande, aux États-Unis ou encore en Autriche, l'Église belge a à son tour été touchée fin avril, avec la démission forcée de l'évêque de Bruges (ouest). Ce dernier a reconnu avoir longuement abusé d'un mineur de son entourage dans les années 1980.

Le nouveau primat de Belgique, Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles depuis le début de l'année, a depuis lors promis une politique de tolérance zéro.

En mai, l'ensemble des évêques belges ont demandé pardon aux victimes de prêtres pédophiles pour les agressions, mais aussi pour le «silence» de l'Église.

«Nous reconnaissons que des responsables d'Église n'ont pas suffisamment pris la mesure du drame de l'abus sexuel sur mineurs et de l'étendue de ses séquelles», avaient écrit les évêques.

Selon un curé à la retraite, Dirk Devillé, des centaines de cas d'abus sexuels par des prêtres en Belgique ont été dénoncés dès les années 1990, mais seulement une partie d'entre eux avait à l'époque reçu l'attention adéquate de l'Église belge, dirigée de 1979 à fin 2009 par le cardinal Danneels.

Le 11 juin, le pape Benoît XVI a pour la première fois lui-même explicitement «demandé pardon» pour les abus sexuels commis par des prêtres «à l'égard des petits».

Lors d'une messe concélébrée place Saint-Pierre, avec 15.000 prêtres venus d'une centaine de pays, le pape a aussi promis que l'Église allait «faire tout ce qui est possible» pour que les abus sexuels sur des mineurs par des religieux «ne puissent jamais plus survenir».