Coup de théâtre à Downing Street hier. Gordon Brown a annoncé son prochain départ comme chef des travaillistes. Voulant préserver les chances de son parti de rester au pouvoir, le premier ministre s'est sacrifié à la demande des libéraux-démocrates, qui jouent les faiseurs de roi. Quatre jours après les élections, le suspense est à son comble. L'avenir des Britanniques repose sur les épaules d'un seul homme: Nick Clegg.

Mis à jour le 11 mai 2010
Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Gordon Brown a fait l'ultime sacrifice pour tenter de maintenir son parti au pouvoir: il a annoncé sa démission prochaine à la tête de son parti hier au cours d'une journée forte en rebondissements. Au quatrième jour de tractations intenses à la suite des élections sans majorité, il a encore tendu la main à Nick Clegg et ses libéraux-démocrates, qui détiennent la balance du pouvoir.

«Ce serait dans l'intérêt national de former une coalition progressiste», a-t-il indiqué. Il a ajouté qu'il interprétait la débâcle travailliste comme un échec personnel. «Je vais donc demander une nouvelle course à la direction du parti», a-t-il conclu, suggérant son départ à l'automne.

Gordon Brown a ainsi coupé l'herbe sous le pied de David Cameron et ses conservateurs, qui sont en pourparlers avec les «Lib Dems» depuis vendredi soir. Ayant remporté le plus grand nombre de sièges, les «Tories» avaient la priorité.

Or, la BBC a dévoilé hier que les «Lib Dems» avaient rencontré en secret des ténors du Parti travailliste au cours du week-end.

Nick Clegg aurait imposé le départ de Gordon Brown comme préalable à des négociations. Il avait déjà signalé en campagne électorale son refus de s'associer avec un chef en perte de vitesse.

«Les Britanniques n'accepteraient pas que Gordon Brown reste au poste s'il devait perdre les élections de façon spectaculaire», avait-il déclaré le 26 avril dernier.

Coalition aux enchères

En obtenant sa démission, Nick Clegg a fait monter les enchères du côté des conservateurs. Le nerf de la guerre pour les libéraux-démocrates est d'obtenir des réformes électorales pour être mieux représentés au Parlement.

Nick Clegg a informé David Cameron qu'il s'entendrait seulement avec un parti prêt à approuver le vote préférentiel. Dans ce système électoral, qui redistribue les votes des moins bons candidats, les libéraux-démocrates auraient raflé 79 sièges au lieu de 57 aux élections de jeudi.

David Cameron a accepté d'augmenter sa mise, a indiqué le ténor conservateur William Hague aux journalistes en soirée. Il a mis sur la table son «offre finale»: un référendum populaire sur l'adoption du système de vote préférentiel.

Les chassés-croisés se sont poursuivis jusque tard en soirée. Nick Clegg a discuté au téléphone avec son homologue conservateur avant de rencontrer la délégation travailliste. Puis, il a délibéré en huis clos avec ses députés. Au moment de mettre sous presse, aucune décision n'avait été annoncée.

Nick Clegg se débattait dans les rouages d'un «mécanisme de torture délicieusement douloureux», selon l'ancien chef libéral-démocrate Paddy Ashdown.

Devait-il appuyer les conservateurs, forts de leur victoire électorale, mais dont la plateforme politique est nettement plus à droite? Ou avec les travaillistes, ses alliés naturels, affaiblis par 13 ans de pouvoir et de guerres internes?

Gouvernement éphémère?

De nouvelles élections d'ici la fin de l'année sont inévitables, croient plusieurs analystes dont le politologue Christopher Bickerton.

Interrogé sur la crainte d'un gouvernement minoritaire au royaume alors que les Canadiens s'en accommodent depuis six ans, le professeur de l'Université d'Oxford affirme à La Presse: «Nous n'avons pas connu un tel scénario depuis 1974. C'est tout simplement une question d'expérience.»