Une nouvelle campagne anti-tabac comparant le tabagisme à un acte sexuel contraint fait scandale en France: le gouvernement veut l'interdire, une association de familles porte plainte, tandis qu'un cigarettier s'insurge qu'on assimile buralistes et pédophiles.

AGENCE FRANCE-PRESSE

L'image est volontairement saisissante: agenouillée à hauteur de la ceinture d'un homme en costume, une adolescente, cigarette aux lèvres, lève un regard soumis. De l'adulte, on ne voit que la boucle de ceinture et l'imposante main posée sur la tête de la jeune fille. La même publicité est déclinée avec un jeune homme, avec la même légende: «Fumer, c'est être l'esclave du tabac».

L'association Droits des non-fumeurs (DNF), qui a lancé cette campagne, revendique ces visuels «chocs et dérangeants», symbolisant «la soumission».

Mardi, la secrétaire d'État française à la Famille, Nadine Morano, a dénoncé une «suggestion intolérable» et annoncé qu'elle allait demander, «au titre de l'outrage public à la pudeur», l'interdiction de cette campagne.

«Il y a d'autre moyens pour expliquer aux jeunes que la cigarette rend dépendant, au moment où on lutte contre la pédopornographie», a-t-elle déclaré.

Outrées, des associations féministes ou de défense des valeurs familiales exigent l'arrêt de la campagne.

L'association Familles de France a ainsi immédiatement déposé une plainte devant le jury de déontologie publicitaire, qui a le pouvoir, en cas de manquement aux règles professionnelles, de demander une cessation immédiate de diffusion de la campagne. L'association juge que l'image, «ambiguë», laisse penser «qu'on assiste à une fellation» et rend le message incompréhensible.

De son côté, un porte-parole de la filiale française de British American Tobacco a déploré qu'un cigarettier ou l'un des 29 000 buralistes français «puisse être assimilé à un violeur ou à un pédophile», rappelant que le tabac était un produit vendu légalement, sous monopole d'État.

Pour sa défense, l'association DNF, qui milite depuis 50 ans pour les droits des non-fumeurs, dit vouloir «réagir à l'indifférence désespérante des jeunes à l'égard des discours anti-tabac» et «rompre avec la tiédeur des campagnes préventives».