Alors que l'Organisation mondiale de la santé a annoncé hier que 5000 personnes ont à ce jour péri après avoir contracté la grippe A (H1N1), les autorités sanitaires de plusieurs pays du monde ont continué à préparer leur plan d'action pour faire face à une deuxième vague de la pandémie. Au coeur de la prévention, un vaccin qui soulève la controverse au Québec, certes, mais aussi aux États-Unis, en France et en Grande-Bretagne.

Mis à jour le 24 oct. 2009
Marc Thibodeau LA PRESSE

«En tout cas, moi, il n'est pas question que je me fasse vacciner», lance à La Presse un médecin à l'issue d'une consultation survenue il y a quelques jours dans un cabinet privé du 19e arrondissement de Paris.

 

La défiance de la praticienne face à la campagne lancée pour endiguer la progression du virus (H1N1) n'a rien d'original en France, où la communauté médicale se montre plus que réticente à l'idée de se faire vacciner malgré les appels insistants du gouvernement.

Un récent sondage montre qu'à peine la moitié des médecins en pratique libérale souhaitent se faire vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de participation prévu tombe à 35%.

«Il y a plus de risques à se faire vacciner qu'à affronter le H1N1 sans vaccination. On en fait trop et on fait prendre des risques à la population», répète aux médias Thierry Amouroux, secrétaire général du syndicat des professionnels infirmiers.

Dans un récent communiqué au ton alarmiste, l'organisation affirme que les adjuvants utilisés dans les vaccins pour amplifier leur effet peuvent influencer leur sécurité «de façon complètement imprévisible».

Signe des temps, divers établissements ont indiqué cette semaine que moins de 10% du personnel s'était inscrit pour recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1), soit bien moins que pour le vaccin contre la grippe saisonnière.

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, multiplie les interventions pour tenter de rassurer le personnel. Les adjuvants sont «connus et utilisés» depuis longtemps, souligne la politicienne, qui parle de la vaccination comme étant un «acte de responsabilité vers soi, mais aussi et surtout pour autrui».

Les autorités auront aussi fort à faire pour convaincre la population de participer à la campagne de vaccination, qui doit débuter formellement pour le grand public au retour des vacances de la Toussaint, dans deux semaines.

Bien que la grippe A (H1N1) soit présente dans tous les esprits, notamment en raison de la forte couverture médiatique du sujet, nombre de Français sont sceptiques face à la nécessité d'un vaccin, voire carrément hostiles à l'idée. «Moi, je suis contre les vaccins en général», a commenté Séverine Van Wersch, croisée jeudi dans une rue du 3e arrondissement avec son jeune enfant de 4 mois.

Pas question, dit-elle, de vacciner le bébé ou sa soeur de 6 ans. «On l'avait fait vacciner contre le tétanos et elle a développé une réaction allergique. Alors moi, les vaccins, vous savez...» a lancé la Parisienne avant de reprendre son chemin.

Le scepticisme de la population est alimenté par un florilège d'écrits sur le web qui colportent une foule de rumeurs non vérifiées.

Mais aussi par les mises en garde d'intervenants plus sérieux, qui questionnent l'innocuité des vaccins, la vitesse à laquelle ils ont été approuvés par les autorités sanitaires et la pertinence d'une campagne massive alors que le nombre de décès demeure de loin inférieur à celui normalement associé à la grippe saisonnière.