Vingt ans après la chute du Mur de Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel évoque pour la première fois son passé en RDA lors de sa campagne pour un second mandat, dans un pays où le fossé Ouest/Est reste tangible.

Yannick Pasquet AGENCE FRANCE-PRESSE

La RDA était certes un Etat «bâti sur le non-droit et l'absence de liberté», a souligné la dirigeante conservatrice dans le quotidien Bild jeudi. «Mais il est faux de dire que toute la vie était mauvaise en RDA (...) Nous avions nos familles, nous nous sommes amusés avec nos amis».

Elle qui protégeait à l'extrême sa vie privée n'hésite plus à livrer des anecdotes sur son quotidien pendant 35 ans sous la dictature communiste.

«Devant les magasins, je guettais pour savoir ce que les gens avaient dans leur panier et pouvoir éventuellement acheter la même chose», a-t-elle par exemple raconté.

«Dans les restaurants, nous tapions souvent sur la lampe au-dessus de la table en disant, au cas où un micro y serait caché: +allez-y, écoutez maintenant!+».

Durant la campagne électorale de 2005, cette fille de pasteur née à Hambourg (nord) en 1954 mais qui est arrivée bébé en RDA refusait de mettre en avant ses origines pour s'attirer les sympathies de l'électorat réputé volatile de l'Est.

Elle n'a jamais non plus cherché à se présenter comme une opposante au régime et reconnaît avoir été inscrite dans les Jeunesses communistes (FDJ), comme l'écrasante majorité des adolescents est-allemands.

«Avant qu'elle ne devienne chancelière, elle était considérée par les Allemands de l'Ouest comme une Allemande de l'Est. Mais pour les Allemands de l'Est, elle était celle qui s'était muée en une Allemande de l'Ouest» en entamant sa carrière politique aux côtés de l'ancien chancelier Helmut Kohl, explique à l'AFP son biographe, Gerd Langguth.

«Aujourd'hui la question Est/Ouest ne joue plus de rôle décisif dans son cas et elle peut donc se permettre de convoquer son passé sur la place publique», selon le politologue.

Les thèmes de la RDA et du Mur n'ont jamais été aussi présents dans le débat que ces derniers mois, alors que l'Allemagne réunifiée s'apprête à célébrer les 20 ans de l'ouverture du Mur le 9 novembre.

Près de la moitié des Allemands de l'Est se disent déçus par la Réunification et se sentent encore des citoyens de «seconde zone». A l'Ouest perdurent de solides préjugés sur les Allemands de l'Est, victimes du chômage et considérés parfois comme des «assistés».

Déjà durant la campagne pour les Européennes de juin, la chancelière, physicienne de formation, avait révélé avoir étudié les sciences car au moins là, «deux fois deux faisaient toujours quatre».

En mai, Angela Merkel fut la première chef de gouvernement allemand à visiter l'ancienne prison de la Stasi, la police secrète, l'un des symboles les plus manifestes de la dictature.

Elle avait alors raconté pour la première fois comment la Stasi avait tenté de la recruter alors qu'elle venait de passer un entretien d'embauche.

«J'ai répondu comme nous l'avions convenu dans ma famille que je ne savais pas tenir ma langue», a-t-elle expliqué.

La chancelière, qui malgré une indéniable popularité demeure mystérieuse pour beaucoup d'Allemands, cherche également à «se donner une image plus humaine» par ce biais, estime Gerd Langguth.

«C'est un être très fermé qui a appris sous le régime de RDA à ne jamais exprimer ce qu'elle pense», souligne-t-il. «C'est un sphinx et elle aimerait maintenant apparaître plus humaine».