La France ira de l'avant avec l'imposition d'une taxe sur les combustibles fossiles qui doit permettre, au dire du gouvernement, de bâtir un «monde plus juste» en incitant particuliers et entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).

Publié le 11 sept. 2009
Marc Thibodeau LA PRESSE

Parlant d'une initiative «historique», le chef d'État français Nicolas Sarkozy a précisé hier lors d'une sortie attendue les principales dispositions d'une nouvelle «taxe carbone» qui sera instaurée dès 2010.

«Notre monde est parvenu à un moment de vérité. Il faut décider aujourd'hui si nous voulons créer un monde différent d'avant la crise, plus respectueux de l'environnement... Cela fait trop d'années qu'on repousse à demain les décisions qu'il faut prendre maintenant en responsabilité», a déclaré le président.

La taxe, inspirée d'une proposition de l'écologiste français Nicolas Hulot, sera imposée directement sur le prix des combustibles fossiles utilisés dans les transports et le chauffage de bâtiments. Elle devrait se traduire par une augmentation de l'ordre de quelques centimes d'euro du prix du litre d'essence.

L'augmentation sera basée sur un prix par tonne de gaz carbonique de 17 €, qui doit être graduellement augmenté. Une commission ayant planché sur le sujet avait recommandé au gouvernement de considérer un prix initial de 32 € et de le porter à 100 € d'ici 2030, mais le chef d'État français n'a donné aucune indication précise hier sur la progressivité de la mesure.

Les verts critiquent

Le parti des verts, qui appuie la taxe carbone, a prévenu à plusieurs reprises qu'un prix trop bas n'aurait aucun effet dissuasif sur les émissions de GES, alourdissant la facture des familles pauvres sans «dissuader les comportements énergivores» des familles riches.

Pour l'instant, «on n'est pas dans une logique d'économie d'énergie, on est dans une logique de recettes fiscales supplémentaires», a déploré hier la secrétaire nationale de la formation, Cécile Duflot.

Le Parti socialiste avait aussi insisté au cours des derniers jours sur la nécessité d'adopter un prix assez élevé pour assurer un effet dissuasif. Hier, son porte-parole en matière environnementale a décrit la formule retenue comme étant «écologiquement inefficace» et «injuste».

Le gouvernement assure de son côté que la nouvelle taxe ne changera rien à ses rentrées fiscales. «Pas un centime n'ira dans les coffres de l'État», a assuré un porte-parole il y a quelques jours.

Forte résistance

Les familles devant acquitter la taxe par l'entremise de leurs achats de combustibles fossiles recevront une réduction d'impôts ou un «chèque vert» devant servir à l'achat de biens et services respectueux de l'environnement. Les entreprises devront aussi payer la taxe, sauf si elles sont déjà soumises au système de quotas européens en vigueur pour les grands pollueurs.

«Nous voulons vous aider à changer vos comportements», a plaidé hier Nicolas Sarkozy, qui demande à ses concitoyens de «se sentir concernés par l'enjeu».

Il fait face à une forte résistance dans la population, craintive de toute initiative susceptible de réduire son pouvoir d'achat. Dans un récent sondage Ifop, 65 % des Français se disent contre la taxe. Même les membres du parti au pouvoir, l'UMP, y sont majoritairement opposés.

L'initiative française, qui reflète celle de la Suède, survient à quelques mois du sommet de Copenhague, en décembre. Ce sommet doit permettre de conclure une nouvelle entente de réduction des gaz à effet de serre pour remplacer le protocole de Kyoto à son expiration en 2012.