Le président français Nicolas Sarkozy a soutenu samedi la liberté pour les musulmanes de porter le voile, à l'instar de Barack Obama dans son discours du Caire, y mettant des réserves mais sans évoquer son interdiction à l'école, une question sensible en France.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je suis totalement d'accord avec le discours du président Obama, y compris sur la question du voile» islamique, a déclaré samedi M. Sarkozy, au cours d'une conférence de presse commune avec M. Obama à Caen, peu avant les cérémonies du 65e anniversaire du débarquement allié en Normandie. Jeudi, au Caire, le président américain avait appelé les pays occidentaux à ne pas gêner les musulmans dans la pratique de leur religion, critiquant ceux d'entre eux qui dictaient «les vêtements qu'une femme doit porter».

Les propos du président américain ont provoqué l'indignation des féministes en France.

«En France, toute jeune fille qui veut porter le voile peut le faire. C'est sa liberté», a martelé M. Sarkozy.

Il a toutefois insisté sur les «deux limites» fixées à cette liberté: d'une part, l'interdiction de porter le hidjab aux guichets des administrations, «parce que nous sommes un État laïque» et que «les fonctionnaires sont là pour tout le monde», d'autre part que la décision de se couvrir la tête émane du «libre choix» de celle qui le fait.

Mais M. Sarkozy n'a fait aucune allusion à une autre limite, pourtant fixée par la loi française: celle qui interdit explicitement le port de signes religieux ostentatoires dans les écoles publiques.

Votée en 2004, cette loi avait fait l'objet de débats passionnés en France, Nicolas Sarkozy lui-même, alors ministre, s'y étant dans un premier temps opposé avant de finalement s'y déclarer favorable.

M. Sarkozy disait craindre, fin 2003, qu'une loi contre le voile ne soit vécue par la communauté musulmane «comme une punition ou une humiliation».

Mais sous la pression notamment du président d'alors, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy avait fini par accepter une loi contre le port ostentatoire de signes religieux à l'école, telles que le voile, la kippa ou de grandes croix.

Lors d'un voyage au Caire en décembre 2003, il avait réussi à obtenir pour cette loi l'aval du cheikh d'al-Azhar, la plus haute autorité sunnite, Mohamed Sayyed Tantaoui.

Nicolas Sarkozy, comme ministre puis président, s'est toujours voulu le défenseur d'une «laïcité positive», notamment pour tenir compte de la nouvelle donne que constitue la présence en France de quelque quatre ou cinq millions de musulman.

Ce faisant, il s'est attiré de nombreuses critiques à gauche, comme à droite, qui l'ont accusé de vouloir faire vaciller l'un des principaux piliers de la République.

Ces critiques avaient redoublé lorsqu'il avait déclaré, le 20 décembre 2007 en l'église romaine de Saint-Jean de Latran à Rome, que «dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé».

Deux jours après le discours de Barack Obama au monde arabo-musulman, Nicolas Sarkozy a également tenu à rappeler samedi que lui aussi avait «beaucoup fait», quand il était ministre de l'Intérieur, «pour que les musulmans de France puissent vivre leur foi» en allusion, notamment, à la création du Conseil français du culte musulman (CFCM).