C'est entendu, il n'est ni socialiste, ni communiste, ni fasciste. Mais quelle étiquette conviendrait le mieux à Barack Obama? Voyons voir...

Mis à jour le 18 juill. 2011
Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

L'idée d'obliger chaque Américain à souscrire à une assurance maladie déplaît à plusieurs progressistes, qui préféreraient un système à payeur unique. Conçue par des économistes conservateurs et adoptée par des sénateurs républicains dans les années 1990, elle représente néanmoins une pièce maîtresse de la réforme du système de santé de Barack Obama, qui lui vaut d'être accusé de liberticide par les partisans du Tea Party et leurs alliés au Congrès des États-Unis.

La création d'un marché de carbone n'a rien de radical. En 1990, George Bush père, prenant le relais de Ronald Regan, a défendu un tel système d'échanges de permis d'émission dans le cadre du programme américain de lutte contre les pluies acides. Il avait notamment obtenu au Congrès l'appui du sénateur républicain Mitch McConnell et du futur président républicain de la Chambre des représentants, Newt Gingrich. Aujourd'hui, les deux hommes, faisant écho à l'idéologie du Tea Party, se réjouissent d'avoir empêché Barack Obama de mettre en place un tel système d'échanges pour lutter contre les émissions de dioxyde de carbone.

En 1990, George Bush père a également suivi l'exemple de Ronald Reagan en acceptant un mélange de coupes budgétaires et de hausses d'impôts pour parvenir à un accord budgétaire qui allait réduire le déficit et ouvrir la voie à une période de croissance historique. Aujourd'hui, aucun républicain du Congrès ne semble vouloir s'entendre avec Barack Obama sur un accord qui prévoit des coupes budgétaires plus profondes et des hausses d'impôts plus modestes que celles proposées par George Bush père il y a deux décennies.

En avril dernier, en revenant sur les politiques de Barack Obama en matière de santé, d'environnement et de budget, le journaliste du Washington Post Ezra Klein a qualifié le président de  républicain modéré». L'économiste et chroniqueur du New York Times Paul Krugman a repris cette étiquette à son compte la semaine dernière en analysant les résultats de sondages sur l'attitude de l'électorat américain face à la crise de la dette américaine.

En fait, a précisé le Nobel d'économie 2008, mi-figue, mi-raisin, Barack Obama est «un peu à la droite du républicain moyen».

Selon un sondage Gallup publié la semaine dernière, seul un républicain sur quatre appuie la position des élus de ce parti au Congrès sur les négociations budgétaires actuelles. Ceux-ci estiment que la réduction de la dette doit provenir exclusivement de coupes budgétaires.

Or, s'il faut se fier aux données du sondage Gallup, l'électeur républicain moyen estime que le plan d'austérité idéal devrait inclure un mélange de 26% de hausses d'impôts et de 74% de coupes budgétaires. Les deux plans proposés par la Maison-Blanche reposent sur un mélange de 17% à 25% de hausses d'impôts et de 83% à 75% de coupes budgétaires.

Ces plans, faut-il préciser, sont loin de faire l'unanimité chez les démocrates. Il pourrait notamment faire passer de 65 à 67 ans l'âge d'admissibilité au programme d'assurance santé Medicare pour les personnes âgées. Il pourrait également modifier les règles du programme de retraite (Social Security) mis en place par Franklin Roosevelt. De tels changements constitueraient des exemples frappants de l'évolution du Parti démocrate vers la droite.

Le fait que les républicains du Congrès refusent d'accepter les propositions de Barack Obama illustre évidemment une dérive encore plus prononcée, celle du Grand Old Party vers un absolutisme fiscal qui pourrait lui nuire à l'occasion des élections de 2012.

Le chef de la minorité républicaine du Sénat Mitch McConnell a d'ailleurs reconnu ce danger la semaine dernière en présentant une solution de rechange permettant de relever le plafond de la dette et d'éviter de placer les États-Unis en situation de défaut de paiement.

Même s'il n'a pas encore renoncé à l'espoir de parvenir avec les républicains à «l'accord le plus important possible» sur la dette, Barack Obama n'a pas fermé la porte à cette solution de rechange, qui est décriée par les partisans du Tea Party et leurs alliés au Congrès.

Le président est peut-être convaincu qu'un «républicain modéré» comme lui aura les meilleures chances de remporter l'élection de 2012.