La fusillade dans laquelle une parlementaire démocrate a été grièvement blessée et qui a fait six morts samedi dans l'Arizona, a indigné la gauche américaine qui, sans savoir si cet acte est politique, a dénoncé la «rhétorique empoisonnée» des ultraconservateurs.

Publié le 9 janv. 2011
Jean-Louis Santini AGENCE FRANCE-PRESSE

Le sénateur démocrate de l'Illinois Richard Durbin a jugé dimanche, sur la chaîne de télévision CNN, que certains slogans du mouvement ultraconservateur «Tea Party» lors des élections législatives en novembre, pouvaient amener «des personnes instables à penser qu'un tel acte de violence est acceptable».

Il a cité les formules utilisées alors par Sarah Palin, égérie de la droite américaine, à l'encontre de la parlementaire victime de l'attaque, Gabrielle Giffords, qui a sauvé son siège de justesse dans l'Arizona face à un candidat du «Tea Party».

Mme Palin avait déclaré à ses partisans: «Ne reculez pas, rechargez» (vos armes) ou encore «considérez les circonscriptions électorales comme des cibles dans un collimateur». Elle avait ensuite défendu l'utilisation de ces slogans en expliquant employer une métaphore du combat électoral.

Tout en se refusant à établir un lien direct entre les propos de Mme Palin et cette attaque, le sénateur Durbin, qui a parlé de «rhétorique empoisonnée»,  a estimé que la presse devrait se sentir dans l'obligation de dire que de tels slogans «dépassent les bornes».

«Ils sont peut-être acceptables du point de vue de la constitution américaine, mais ne devraient pas être une rhétorique acceptable pour autant, et nous ne devrions pas l'encourager à la radio ou à la télévision», a-t-il poursuivi, en référence au premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d'expression.

Le sénateur républicain du Tennessee Lamar Alexander a rejeté l'insinuation selon laquelle Mme Palin pourrait être indirectement responsable de cette fusillade, tout en lançant un appel contre la violence en politique.

«Nous devons être très prudents quant à imputer les actions d'un individu mentalement dérangé à un groupe particulier d'Américains qui ont leurs propres convictions politiques», a-t-il déclaré, interviewé sur CNN.

Le sénateur a aussi relevé que le tireur, Jared Lee Loughner, 22 ans, lisait Karl Marx et Hitler et a brûlé le drapeau américain, «ce qui ne correspond pas au profil typique d'un membre du Tea Party».

Sarah Palin avait diffusé samedi un bref message sur Facebook, présentant «ses sincères condoléances» aux victimes de la fusillade.

Rebecca Mansour, qui a travaillé dans son équipe de campagne, s'est défendue dimanche de toute responsabilité dans cette attaque. «Nous n'avons absolument rien à voir avec cela», a-t-elle dit dans une émission de radio.

Gabrielle Giffords, cible des critiques virulentes du «Tea Party» notamment pour son opposition à une loi controversée sur l'immigration -sa circonscription est frontalière du Mexique- et son soutien à la réforme du système de santé du président Barack Obama, avait reçu de nombreuses menaces durant sa campagne.

Clarence Dupnik, shérif (démocrate) du comté englobant la circonscription de Mme Giffords, avait dénoncé samedi soir la détérioration du climat politique qui accroît selon lui le risque de telles menaces.

«Tous ces propos au vitriol qui enflamment les passions du public américain, véhiculés par des gens qui en font une profession, c'est peut-être de la liberté d'expression, mais ce n'est pas sans conséquence», a-t-il dit lors d'une conférence de presse à Tucson.

«Quiconque contribue à nourrir ce monstre devrait s'en abstenir et réaliser qu'il menace notre forme de gouvernement», a jugé Raul Grijalva, un ancien élu démocrate d'Arizona.

La parlementaire «capable de communiquer»

Par ailleurs, la parlementaire américaine abattue d'une balle dans la tête samedi, lors d'une fusillade qui a fait 6 morts, est «capable de communiquer» mais reste dans un état critique, a indiqué dimanche l'un des chirurgiens de l'hôpital de Tucson où elle est soignée.

La représentante Gabrielle Giffords, 40 ans, est capable de communiquer avec ses médecins par des gestes simples.

Le neurochirurgien qui l'a opéré, Michael Lemole s'est dit «prudemment optimiste» sur le rétablissement de la femme politique mais sans vouloir spéculer sur les séquelles.

La fusillade, qui a notamment coûté la vie à une petite fille de 9 ans et un juge fédéral, a choqué l'Amérique.

Le tireur, un jeune homme de 22 ans, Jared Lee Loughlin, est aux mains de la police, qui est également à la recherche d'un second homme qui pourrait être mêlé aux événements. Les motifs de l'attaque ne sont pas connus.