Après avoir contribué à la levée de boucliers contre le projet de construction d'un centre culturel islamique près de Ground Zero, la blogueuse new-yorkaise Pamela Geller s'est trouvé une nouvelle cible: la soupe halal vendue au Canada par la firme Campbell.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

Réputée pour sa rhétorique incendiaire, la créatrice du site Atlas Shrugs a appelé au boycottage de Campbell après que la filiale canadienne de cette société américaine eut annoncé la mise en marché au Canada de 15 nouveaux produits certifiés halal, c'est-à-dire conformes aux exigences du rite musulman.

«Warhol se retourne dans sa tombe», a écrit la blogueuse sur son site, où elle dénonce la décision de Campbell Canada de confier à l'Islamic Society of North America (ISNA) la certification halal de ses produits, qui vont du bouillon de légumes à la crème de champignons, en passant par la soupe condensée aux tomates.

«L'ISNA a admis avoir des liens avec le Hamas et les Frères musulmans. Pourquoi donc Campbell s'empresse-t-elle d'exécuter ses ordres?» demande Pamela Geller en reprenant à son compte les allégations de Robert Spencer, éditeur du site internet Jihad Watch.

Au moment d'écrire ces lignes, hier, plus de 3500 personnes s'étaient jointes au groupe Facebook Boycott Campbell Soup, créé le 5 octobre.

L'ISNA, présentée sur le site internet de Campbell Canada comme «le plus grand organisme religieux, éducatif, sans implication politique et à but non lucratif», a nié hier tout lien avec le Hamas ou toute autre organisation terroriste.

«Geller, Spencer et les autres promoteurs de sectarisme conservateur sur l'internet ont de nouveau tenté de confondre le public et de promouvoir des messages antimusulmans au moyen de désinformation et de mensonges patents», a déclaré Sarah Thompson, directrice des communications de l'ISNA.

L'organisme religieux, qui revendique plus de 60 000 membres aux États-Unis et au Canada, a été désigné «conspirateur non inculpé» par le ministère de la Justice américain dans le procès intenté en 2007 contre la Holy Land Foundation, une association caritative américaine accusée de financer le Hamas.

«Le gouvernement a admis que cette désignation n'était rien de plus qu'une tactique juridique. En fait, l'INSA a aujourd'hui une relation très positive avec le gouvernement fédéral», a dit Sarah Thompson.

Campbell Canada, de son côté, a préféré ne pas relever les allégations concernant l'INSA et s'est contentée de préciser qu'elle a fait certifier ses produits «pour aider les consommateurs à faire des choix éclairés».

«Nous sommes ravis que des gens de diverses cultures puissent savourer nos produits», a ajouté Melanie Rockliff, porte-parole de la société dans un communiqué.

Pamela Geller, âgée de 52 ans, est divorcée et vit avec ses quatre enfants dans un immense appartement de l'Upper East Side. Elle est infatigable dans son combat pour stopper ce qu'elle appelle «l'islamisation de l'Amérique». Elle a d'ailleurs fondé une organisation vouée à cette cause (Stop the Islamization of America), qui a joué un rôle de premier plan dans la campagne anti-mosquées des derniers mois aux États-Unis.

Qualifiée d'islamophobe par ses détracteurs, la blogueuse n'en est pas moins souvent invitée par les chaînes d'information continue. Ses propos concis et sulfureux sont parfois repris par des personnalités nationales comme Sarah Palin et Newt Gingrich. Elle a notamment été la première à dénoncer la «mosquée de Ground Zero», laissant entendre que le centre culturel islamique appelé 51 Park allait être construit sur le site des attentats du 11 septembre 2001 et non pas à deux rues de là.

La Presse a tenté en vain de la joindre.