Il n'y a pas à dire, Sarah Palin aime les métaphores animalières. Après s'être décrite en 2008 comme un pitbull avec du rouge à lèvres, la voici qui rapplique en se proposant de guider une armée de «mamans grizzlis» afin d'aider les républicains à renverser les démocrates à l'occasion des élections de mi-mandat, qui auront lieu le 2 novembre.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

«Vous pensez que les pitbulls sont coriaces? Vous ne voulez pas déranger les mamans grizzlis. Et je pense qu'il y en a plusieurs dans cette salle», a déclaré l'ex-colistière de John McCain le 14 mai à Washington devant les membres d'une organisation vouée à l'élection de candidates antiavortement.

Dans l'esprit de Sarah Palin, les «mamans grizzlis» incarnent une «identité féministe conservatrice émergente», un concept qui donne de violents maux de tête à plusieurs féministes traditionnels. Ces «mamans grizzlis» ne sont pas seulement contre l'avortement, elles portent des armes et ont parfois de «la crasse sous les ongles», comme les pionnières de l'Ouest américain, a expliqué l'ex-gouverneure d'Alaska.

Il est facile, voire tentant, de se moquer de Sarah Palin, qui fait parfois montre d'une ignorance étonnante ou d'une mauvaise foi abyssale (un exemple : dans la foulée de la marée noire dans le golfe du Mexique, elle a tenté de faire croire qu'elle n'avait pas milité en faveur des forages en mer lors de la campagne présidentielle de 2008).

Mais il faut admettre que l'ex-candidate à la vice-présidence vient de connaître une très bonne semaine sur le plan politique. Deux des candidates auxquelles elle avait donné son soutien et le surnom de «maman grizzli» ont triomphé mardi dernier dans des primaires républicaines organisées en vue des élections de mi-mandat. Il s'agit de Carly Fiorina, ex-PDG de Hewlett-Package, qui brigue en Californie un siège au Sénat des États-Unis, et de Nikki Haley, qui est en bonne voie de devenir la première politicienne d'origine indienne à se faire élire au poste de gouverneur dans un État américain (la Caroline-du-Sud, en l'occurrence).

Fiorina et Haley ont en commun d'avoir connu une percée dans les sondages après avoir reçu l'appui de Palin, un phénomène dont avait déjà joui une autre «maman grizzli», Susana Martinez, candidate républicaine au poste de gouverneur du Nouveau-Mexique.

«Le soutien de Sarah Palin a été déterminant dans le succès de notre campagne, a reconnu Julie Soderlund, porte-parole de Carly Fiorina. L'ex-gouverneure peut confirmer le statut d'outsider ou l'authenticité du conservatisme des candidats. Après avoir obtenu son appui, nous avons vu une montée immédiate du soutien de Carly parmi les conservateurs, qui représentent l'essentiel de l'électorat républicain aux primaires.»

L'influence de Sarah Palin est particulièrement forte chez les chrétiennes de droite, des «mamans grizzlis» qui apprécient l'expression très publique de la foi religieuse de cette mère de cinq enfants, une piété à laquelle celle-ci fait souvent référence dans le contexte de sa décision de donner naissance à Trig, son bébé trisomique.

Dans son numéro courant, l'hebdomadaire Newsweek fait état de ce phénomène en publiant en couverture une photo montrant l'ex-Miss Wasilla les maintes jointes et accompagnée d'un titre plus qu'édifiant: «Sainte Sarah».

«La droite chrétienne est en voie de devenir un mouvement de femmes - et Sarah Palin est son Jerry Falwell», écrit Newsweek en faisant référence au leader défunt de la Moral Majority.

Jusqu'où ira Sarah Palin avec ses fameuses «mamans grizzlis»? Même si elle affirme ne pas avoir d'ambitions politiques au-delà des élections de 2010, l'auteure du best-seller Going Rogue n'a toujours pas fermé la porte à la possibilité d'une campagne à la Maison-Blanche. Cette ambiguïté lui assure tout au moins une couverture médiatique pour tous ses faits et gestes, ce qui contribue à son succès financier (elle a gagné plus de 12 millions de dollars depuis sa démission du poste de gouverneur d'Alaska, il y a près d'un an).

Cela dit, son influence auprès des conservateurs, hommes et femmes, ne s'étend pas au sein de la population générale, où son taux d'impopularité (53%) dépasse celui de tous les adversaires potentiels de Barack Obama en 2012, selon un sondage publié la semaine dernière.

Mais Sarah Palin a raison sur un point : la «maman grizzli» est un animal politique encore plus féroce que le pitbull avec du rouge à lèvres.