Le président américain Barack Obama a prolongé jeudi de six mois un moratoire sur l'octroi de permis de forages pétroliers en mer, prenant acte d'un changement de donne en pleine marée noire dans le golfe du Mexique.

Tangi Quemener AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous allons prolonger de six mois le moratoire actuel et la délivrance de nouveaux permis pour forer de nouveaux puits sous-marins», a déclaré le président américain, qui doit se rendre vendredi sur le terrain en Louisiane pour évaluer les opérations de lutte contre cette catastrophe écologique et économique majeure.

Il a ajouté que seraient «suspendus les forages de 33 puits de prospection sous-marine actuellement en cours dans le golfe du Mexique». Il a annoncé la suspension d'un projet d'exploration de pétrole au large de l'Alaska qui devait être attribué au groupe anglo-néerlandais Shell et celle d'un autre projet moins avancé d'octroi de concessions pétrolières au large de la Virginie.

Ces mesures interviennent après que le président américain a pris connaissance mercredi soir d'un rapport de son secrétaire à l'Intérieur Ken Salazar, responsable des ressources naturelles, sur l'avenir des forages pétroliers en mer.

L'explosion de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon, exploitée par British Petroleum (BP), le 20 avril dans le golfe du Mexique, a provoqué une marée noire colossale et c'est l'entreprise britannique qui acquittera les sommes engagées pour nettoyer la pollution et dédommager ses victimes.

Mais l'administration Obama s'est retrouvée sous le feu des critiques face aux difficultés rencontrées par BP pour juguler la fuite du puits de pétrole, située à 1,6 km de profondeur, plus de cinq semaines après le début de la catastrophe. Le pétrole a finalement cessé de couler jeudi grâce à une opération de colmatage du puits lancée la veille.

M. Obama a défendu son administration, affirmant que cette catastrophe «avait été (sa) plus haute priorité». Mais, «quand il s'agit d'arrêter la fuite tout au fond (de l'océan), le gouvernement fédéral ne possède pas de technologie supérieure à celle de BP», a-t-il reconnu.

Avec les mesures de restriction annoncées, M. Obama fait en partie machine arrière par rapport au projet controversé de son administration annoncé fin mars, qui prévoyait de multiplier les forages en mer.

Plusieurs organisations écologistes ont exprimé leur satisfaction jeudi. Un ensemble d'ONG emmenées par l'Alaska Wilderness League a exprimé «gratitude et remerciements» à MM. Obama et Salazar, tandis que Rebecca Nolan, directrice pour l'Alaska du Center for Biological Diversity, qualifiait cette annonce d'«ébauche de premier pas dans la bonne direction».

Dans le cadre d'une vaste politique énergétique, M. Obama entendait ouvrir de nouveaux sites à l'exploitation dans l'Atlantique, étendre les permis dans le golfe du Mexique et autoriser des projets au large de l'Alaska.

Jeudi, il a estimé que la marée noire soulignait «la nécessité urgente» de développer les sources d'énergie renouvelables aux États-Unis. «Il est temps d'accélérer la compétition avec des pays comme la Chine qui ont déjà compris que l'avenir dépend des énergies renouvelables et il est temps de saisir cet avenir nous-mêmes», a-t-il lancé.

Il s'en est pris au passage à l'administration des ressources minières (MMS), chargée de superviser l'exploration pétrolière, l'accusant d'être «minée par la corruption depuis des années». Cette agence a été scindée depuis la catastrophe du 20 avril pour éviter la collusion avec les groupes pétroliers.

Des élus pour une interdiction permanente

Plusieurs élus américains se sont prononcés jeudi pour une interdiction permanente des forages en mer sur certaines parties des côtes américaines.

Les sénateurs démocrates Ben Cardin, Barbara Mikulski, Frank Lautenberg, Robert Menendez et Bill Nelson représentants tous des États de la côte est américaine ont applaudi jeudi la décision du président de prolonger le moratoire en la qualifiant de «bonne première étape».

«Donner accès aux grandes compagnies à nos littoraux n'engendrera que plus de pollution, plus d'emplois détruits et plus de dégâts dans notre économie. Il faut une interdiction permanente sur les forages dans l'Atlantique, des réglementations renforcées et un véritable effort pour trouver d'autres sources d'énergie», a déclaré le sénateur Lautenberg du New Jersey.

De son côté, le sénateur indépendant Bernie Sanders a déposé jeudi un projet de loi visant à faire interdire tout forage en mer le long des côtes américaines et renforcer l'efficacité énergétique des automobiles.

Le projet de loi interdirait tout nouveau forage en mer sur la côte atlantique, dans certaines parties du golfe du Mexique et dans le Pacifique.

En lieu et place des forages, l'amendement prévoit que l'administration américaine impose une norme de consommation économique pour tous les véhicules à compter de 2017 de 55 miles par gallon (88 km pour 3,78 litres).