À en croire les documents de son divorce d'avec sa première femme, en 1995, Tim D'Annunzio, candidat républicain à la Chambre des représentants, a fumé à une époque de la marijuana presque tous les jours, s'est fait traiter pour une dépendance à l'héroïne, s'est pris pour le messie et a prétendu avoir retrouvé en Arizona l'Arche d'Alliance, le fameux coffre contenant les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï.

Publié le 26 mai 2010
Richard Hétu, Collabortion spéciale LA PRESSE

Avec l'appui du Tea Party, le mouvement de contestation antigouvernemental, le même D'Annunzio a devancé ses trois concurrents républicains lors d'une primaire tenue le 4 mai en Caroline-du-Nord pour choisir l'adversaire du représentant démocrate Larry Kissel en novembre. Le 22 juin, il fera face à son plus proche rival républicain, Harold Johnson, à l'occasion d'un second tour qu'il pourrait bien remporter, au grand dam de l'establishment républicain.

Aussi les dirigeants du Parti républicain de Caroline-du-Nord ont-ils décidé de lancer une campagne sans précédent pour nuire à D'Annunzio, un homme d'affaires âgé de 52 ans. Leur première manoeuvre aura été de faire circuler des documents relatifs à son divorce. Ils l'ont ensuite dénoncé dans le plus grand journal de l'État, le Charlotte Observer, qui avait obtenu les documents.

«Mon observation personnelle et ma connaissance de sa feuille de route et de son passé me permettent de conclure que M. D'Annunzio est inapte à occuper quelque fonction publique que ce soit», a déclaré le président du Parti républicain de Caroline-du-Nord, Tom Fetzer.

L'histoire de Tim D'Annunzio est une illustration des tensions qui surgissent en cette période électorale entre le mouvement Tea Party et l'establishment républicain. Un autre exemple a été donné la semaine dernière lorsque Rand Paul, coqueluche du Tea Party, a remporté la primaire républicaine pour l'élection sénatoriale du Kentucky. Dès le lendemain de sa victoire, Paul a commis une bévue de débutant lors d'une entrevue télévisée en critiquant la loi sur les droits civiques de 1964.

Tim D'Annunzio, ex-militaire qui a fait fortune en fabriquant des gilets pare-balles pour l'armée américaine, a attiré l'attention des militants du Tea Party en promettant de faire la «guerre aux malfaisants» (les démocrates socialistes gauchistes libéraux et leur Bête dans les médias d'information). «C'est un combat soit pour la fin des États-Unis, soit pour la leur», a-t-il écrit dans son blogue baptisé Christ's War.

En 1998, un juge a décrit D'Annunzio comme un «zélé religieux autoproclamé». Néanmoins, «il a toujours des chances» de remporter le second tour de la primaire républicaine, selon Steven Greene, politologue à l'Université d'État de la Caroline-du-Nord. «Mais ses chances de l'emporter aux élections générales seraient très minces, d'où les efforts du Parti républicain pour l'écarter.» Le siège du démocrate Larry Kissel est l'un de ceux que les républicains espèrent reconquérir en novembre.