Le Nebraska a ouvert un nouveau front dans la bataille sur l'avortement aux États-Unis en devenant, mardi, le premier État américain à invoquer la douleur que ressent le foetus pour justifier une loi interdisant la plupart des avortements à partir de 20 semaines de grossesse.

Mis à jour le 15 avr. 2010
Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

Jusqu'à la promulgation de cette mesure par le gouverneur du Nebraska, Dave Heineman, les restrictions à l'avortement aux États-Unis se fondaient sur la viabilité du foetus, notion généralement fixée entre 22 et 24 semaines.

 

Qualifiant cette loi de «nettement inconstitutionnelle», au moins un groupe de défense du droit à l'avortement a évoqué la possibilité de la contester devant la justice.

«En adoptant cette législation, le Nebraska s'attaque directement aux principes fondamentaux de Roe contre Wade», a déclaré Nancy Northup, présidente du Centre des droits reproductifs, en faisant allusion à l'arrêt de la Cour suprême de 1973 légalisant l'avortement aux États-Unis.

En 1992, la plus haute instance américaine a confirmé le droit des femmes à avorter avant que les foetus ne soient viables.

Mais les opposants à ce droit se sont dits confiants de voir les tribunaux américains, y compris la Cour suprême, reconnaître le précédent du Nebraska, qui pourrait ensuite s'étendre à plusieurs États américains.

«Il y a de bonnes raisons de croire que cinq membres de la Cour suprême actuelle accueilleraient de façon favorable l'assertion du Nebraska selon laquelle l'État a un intérêt pour l'enfant à naître avant la viabilité», a déclaré Mary Spaulding Balch, de l'organisation National Right to Life.

Avis divergents sur la douleur

Des experts médicaux ont témoigné devant les législateurs du Nebraska, affirmant qu'un foetus peut ressentir la douleur à 20 semaines. Mais l'American College of Obstetricians, association qui regroupe des obstétriciens et des gynécologues, estime que la douleur foetale à ce stade-là de la grossesse n'a pas encore été prouvée.

Les parlementaires du Nebraska ont décidé d'adopter cette loi pour empêcher le Dr LeRoy Carhart de pratiquer des interruptions tardives de grossesse dans leur État. Ce médecin était un ami et collègue du Dr George Tiller, abattu par un opposant aux avortements tardifs au Kansas l'an dernier. Le Dr Carhart avait promis de continuer la mission du Dr Tiller dans sa clinique de Bellevue, au Nebraska.

L'unique assemblée législative de l'État a adopté le projet de loi sur l'avortement par 44 voix contre 5. Le gouverneur du Nebraska a également promulgué mardi une loi exigeant un examen pour détecter les facteurs de risque laissant croire qu'une femme puisse souffrir notamment de problèmes de santé mentale après avoir avorté.