Tout en annonçant une série de réformes du renseignement et de la sécurité aérienne, Barack Obama a pris la responsabilité jeudi des ratages qui ont précédé l'attentat manqué contre le vol 253 de la Northwest le jour de Noël.

Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

«En tant que président, j'ai la responsabilité de protéger notre pays et nos compatriotes. Et quand le système échoue, je suis responsable», a-t-il déclaré lors d'une brève allocution à la Maison-Blanche, où il a dévoilé les grandes lignes d'un rapport d'enquête intermédiaire sur l'incident du 25 décembre et annoncé des recommandations.

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Le président a laissé entendre qu'il ne procéderait à aucun congédiement pour ce qu'il a qualité d'«échec systémique».

«Je suis moins intéressé par les reproches que d'apprendre de ces erreurs et de les corriger pour que nous soyons plus en sécurité», a-t-il déclaré.

Le rapport de la Maison-Blanche confirme la conclusion à laquelle le président était lui-même arrivé mardi : le gouvernement américain possédait suffisamment d'informations pour empêcher le suspect, un Nigérian de 23 ans, de monter à bord d'un avion à destination des États-Unis avec des explosifs dissimulés sur lui. Mais les services de renseignement n'ont pas réussi à analyser ces informations correctement. Des erreurs humaines telles que des fautes d'orthographe ont également contribué à l'échec du système.

Pour éviter de nouveaux ratages, le président a notamment annoncé un renforcement des critères des listes antiterroristes américaines, «en particulier la liste des personnes interdites de vol».

«Dans la course sans fin pour protéger notre pays, nous devons avoir un pas d'avance sur un adversaire agile», a-t-il déclaré.

Le président a également recommandé une diffusion plus large et plus rapide des rapports de renseignement, une analyse plus serrée de l'information qu'ils contiennent et de nouvelles règles de surveillance face aux menaces terroristes potentielles.

La ministre de la Sécurité intérieure, Janet Napolitani, a promis, de son côté, l'installation de 300 scanners corporels d'ici un an dans les aéroports américains.

L'intervention de Barack Obama, qui devait avoir lieu à 13h, a été repoussée deux fois. Elle a fini par avoir lieu à 16h30

Même si son administration a abandonné l'expression «guerre contre le terrorisme» chère à la précédente, le président démocrate a utilisé, pour la deuxième fois en moins d'une semaine, le mot «guerre» pour définir la lutte de son pays contre Al-Qaeda.

«Nous sommes en guerre. Nous sommes en guerre contre Al-Qaeda, un réseau violent et haineux d'une grande portée qui nous a attaqués le 11 septembre 2001, qui a tué près de 3000 personnes innocentes et qui tente de nous frapper à nouveau. Et nous allons faire tout ce qui est nécessaire pour les défaire», a-t-il dit, tout en promettant de ne pas sacrifier les libertés civiles des Américains au nom de la sécurité.

«C'est nous qui définissons le comportement de notre pays, pas une petite bande d'hommes qui veulent tuer des hommes, des femmes et des enfants innocents», a-t-il dit.

Après le discours du président, plusieurs responsables gouvernementaux ont rencontré la presse. Le conseiller de la Maison-Blanche en matière d'antiterrorisme, John Brennan, a notamment reconnu que les États-Unis avaient sous-estimé les capacités de la section d'Al-Qaeda au Yémen, où l'auteur de l'attentat manqué de Noël, Umar Farouk Abdulmutallab, avait séjourné du mois d'août au mois de décembre.

Au cours de son séjour, le jeune Nigérian a rencontré l'imam radical Anwar al-Aulaqi, a affirmé jeudi un haut responsable yéménite, selon l'AFP. Ce religieux avait également eu des contacts avec Nidal Malik Hassan, l'auteur présumé de la fusillade de la base militaire de Fort Hood, qui a fait 13 morts et 42 blessés.