La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a exhorté mercredi Moscou à oeuvrer davantage pour le respect des droits de l'Homme et déploré que de vieux réflexes de guerre froide aient encore cours dans les deux pays.

Mis à jour le 14 oct. 2009
Lachlan CARMICHAEL AGENCE FRANCE-PRESSE

«Toutes ces questions -emprisonnements, détentions, coups, meurtres- sont douloureuses à regarder de l'extérieur», a déclaré Mme Clinton, au deuxième jour de sa visite en Russie, sur la radio Echo de Moscou. «Nous voulons que le gouvernement se lève et dise que ça ne va pas», a souligné la chef de la diplomatie américaine, évoquant le meurtre de la journaliste Anna Politkovskaïa et le nouveau procès de l'ex-magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski.

Devant quelque 2000 étudiants à l'université d'État de Moscou, Mme Clinton a aussi pris le parti des défenseurs des droits de l'Homme et de l'opposition, souvent malmenés en Russie.

«Dans une société innovante, les gens doivent (...) savoir qu'ils peuvent défier en toute sécurité le pouvoir», a-t-elle lancé.

Évoquant la relance des relations russo-américaines, initiée depuis l'arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, Mme Clinton a laissé entendre que certains responsables des deux pays freinaient encore parfois le processus par une mentalité de guerre froide.

«Il y a des personnes dans notre gouvernement et dans votre gouvernement qui vivent toujours dans le passé», a-t-elle dit. «Elles ne croient pas que les États-Unis et la Russie peuvent coopérer de manière aussi étendue. Elles (ces personnes) ne se font pas confiance et c'est à nous de leur prouver qu'elles ont tort. C'est notre objectif».

À la veille de sa visite à Moscou début juillet, Barack Obama avait estimé que le premier ministre Vladimir Poutine avait un pied dans le passé, avant de se raviser, à l'issue d'une rencontre avec l'homme fort de la Russie.

La chef de la diplomatie américaine a mis une nouvelle fois l'accent sur le grand besoin de coopération entre Washington et Moscou, dont les relations avaient atteint un niveau proche de celui de la guerre froide sous la précédente administration de George W. Bush.

En dépit des désaccords entre les deux pays, notamment sur la Géorgie, «il faut poursuivre la coopération», a-t-elle dit. «Soyons plus intelligents que par le passé», a-t-elle souligné, prônant l'abandon des «stéréotypes, clichés et caricatures».

«On peut travailler ensemble dans bien des domaines», a-t-elle dit.  Les États-Unis ont notamment à coeur d'associer Moscou aux efforts pour un règlement de la crise du nucléaire iranien.

Les États-Unis vont contribuer au réarmement de la Géorgie mais n'ont pas l'intention de déployer des éléments de leur bouclier antimissile dans cette ex-république soviétique à couteaux tirés avec Moscou, a poursuivi la responsable américaine.

Après s'être entretenue mardi avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, et le président Dmitri Medvedev, Mme Clinton a regretté de n'avoir pas rencontré M. Poutine, en visite officielle en Chine.

«J'aurais aimé le rencontrer. Nous en avions certainement l'intention mais nos agendas ne l'ont pas permis», a-t-elle dit.

Arrivée à la mi-journée à Kazan (850 km au sud-est de Moscou), Mme Clinton devait visiter une mosquée et une église orthodoxe dans cette ville du Tatarstan, présentée comme une vitrine de la cohabitation entre les religions en Russie.