Fierté à Harlem, scepticisme à Wall Street, espoir à Miami: les Américains réagissaient vendredi très diversement à l'annonce de l'attribution largement inattendue du prix Nobel de la paix à leur président Barack Obama.

Mis à jour le 9 oct. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Trop tôt pour un Prix Nobel de la paix ? Je ne pense pas, et de toutes les façons eux (le comité Nobel) ne l'ont pas pensé puisqu'ils le lui ont attribué!», s'exclame un jeune noir, Robert Finch, en début de matinée à Harlem, quartier à majorité noire au nord de Manhattan. «C'est un pacifiste, il le mérite. Il a été envoyé par Dieu», renchérit une passante qui n'était pas encore au courant.

Tous ne sont pas aussi béats, et reconnaissent que le président a encore du chemin à faire. «Il a encore une longue route devant lui, mais ça va marcher, il faut du temps. Que Dieu le bénisse et lui donne la patience nécessaire», dit Sade Grate, une jeune femme d'une vingtaine d'années.

À Miami (Floride, sud), les habitants du quartier de «Little Havana», essentiellement des exilés ou enfants d'exilés cubains, considèrent en général que le prix est une reconnaissance des efforts de Barack Obama pour améliorer les relations avec l'île des Caraïbes.

«Il le mérite parce qu'il veut mettre fin à cette vieille lutte qui a fait tant de mal aux familles cubaines, qui sont si divisées», dit Ana Corrales, une exilée qui travaille dans un supermarché.

Dans le quartier financier de Wall Street à New York, les réactions sont beaucoup plus mitigées. «Je suis surprise. Je pense qu'il l'a mérité pour avoir fait grandir l'espoir de paix dans le monde, mais c'est trop tôt», dit Jennifer Bonema, qui travaille dans la finance.

Un opérateur boursier de 44 ans, qui se présente sous ses initiales JP, est plus catégorique. «Je suis très surpris parce qu'il ne le méritait pas, il n'a rien fait, il est plus dans le style que dans la substance. Ce Nobel est une affaire très politique, un concours de beauté», affirme-t-il sèchement.

Mary, une femme d'une quarantaine d'années qui travaille dans le secteur des assurances, estime même que «c'est ridicule».

«Il ne le mérite pas. Qu'a-t-il fait ? Personne ne le sait. Il n'a rien accompli ! Pourriez-vous le comparer à d'autres présidents en exercice qui l'ont eu, comme Teddy (Theodore) Roosevelt et Woodrow Wilson ? Pas moi. Tout cela est biaisé et stupide», ajoute-t-elle.

Mais pour Bruce Schachne, 44 ans, expert financier, «c'est un bon choix. Il a vraiment changé la façon dont on parle, à l'étranger, de l'engagement des États-Unis vis-à-vis du reste du monde. Il est concentré sur les armes nucléaires, sur le Proche-Orient, sur le dialogue avec les musulmans, il a tourné le dos à beaucoup des politiques antérieures, ce sont toutes de bonnes raisons de le choisir».

«Il y a beaucoup de ressentiment de la droite américaine à l'encontre d'Obama, mais cela représente 20 à 30% de la population. C'était pareil avec Franklin Roosevelt, historiquement 30% des gens le haïssaient», poursuit-il.

«Cette minorité va être furieuse qu'il ait reçu le Prix parce que ces gens sont fondamentalement contre le reste du monde et contre l'engagement constructif des États-Unis. Ils sont isolationnistes», conclut-il