Des armes de contrebande emballées dans des sacs de nourriture pour chiens. Des tueries spontanées. Des employés dépressifs dépendants des stéroïdes. Une licence pour tuer le plus grand nombre de «sales Arabes» possible.

Mis à jour le 14 août 2009
Nicolas Bérubé LA PRESSE

Le fondateur de la compagnie Blackwater est accusé par deux ex-employés d'avoir mené en Irak une opération «corrompue», «violente» et «raciste», financée par les contribuables américains.

C'est ce que stipule une déposition produite dans un tribunal américain par deux ex-employés de Blackwater, la firme de mercenaires privée dirigée par Erik Prince, un ancien marine proche du parti républicain. Blackwater a reçu des centaines de millions de dollars en contrats du département d'État pour son travail en Irak depuis l'invasion américaine, en 2003.

Les deux hommes, qui ont requis l'anonymat en raison des menaces qui pèsent contre eux, affirment aussi qu'au moins un ex-employé sur le point de dénoncer les agissements de la firme a été tué «dans des circonstances floues».

Dans leur déposition faite sous serment plus tôt ce mois-ci, «John Doe no1» et «John Doe no2» affirment que les mercenaires à l'emploi de Blackwater vont en Irak comme des chasseurs partent dans les bois.

«Aller en Irak et tuer le plus d'Irakiens possible était vu comme un sport, un jeu», indique le rapport.

Plusieurs des mercenaires employés par M. Prince avaient des problèmes psychologiques, d'alcool ou de drogue. «Des employés disaient être venus en Irak pour tuer le plus de "sales Arabes" possible», note John Doe no1.

Vidéos effacées

Certains directeurs régionaux de Blackwater refusaient d'envoyer ces hommes sur le terrain, mais leurs décisions étaient infirmées par la direction de Blackwater aux États-Unis, qui avait peur de «perdre de l'argent».

Les débordements violents étaient monnaie courante. Dans un des cas, John Doe no1 affirme que le convoi dans lequel il se trouvait s'est rangé sur le bord de la route en raison d'une crevaison. Une voiture civile avec deux personnes à bord est passée sur la route. Un employé de Blackwater s'est mis à tirer sur le véhicule. «De l'angle où j'étais, il était évident que le tireur avait blessé et sans doute tué le passager, et probablement blessé le conducteur.»

Les deux hommes notent que tous les véhicules de Blackwater étaient munis d'une caméra vidéo qui filmait les missions durant la journée. «Chaque soir, les dirigeants de Blackwater regardaient les vidéos. Celles qui étaient jugées compromettantes étaient effacées.»

John Doe no1 soutient qu'Erik Prince faisait du trafic d'armes en Irak. Il dit avoir personnellement déballé des sacs de nourriture pour chiens remplis d'armes semi-automatiques. Les armées arrivaient en Irak à bord des avions privés de Prince. Ce dernier tirait «des revenus substantiels de sa participation dans le trafic illégal d'armes», note le délateur.

«En plusieurs occasions après mon départ, la direction de Blackwater m'a personnellement menacé de mort ou de violence, déclare-t-il. De plus, selon des informations provenant d'anciens collègues, il semblerait que M. Prince et ses employés aient tué une personne qui avait fourni de l'information aux autorités fédérales, ou qui prévoyait le faire.»

Des Irakiens poursuivent

La déposition des deux employés fait partie d'une poursuite civile intentée en Virginie contre Blackwater par les familles d'Irakiens tués par des agents de sécurité de la firme.

Erik Prince, 40 ans, vient d'une famille milliardaire proche du parti républicain. Ancien marine, il a fondé Blackwater en 1997, et a construit un centre d'entraînement en Caroline-du-Nord, financé à même sa fortune personnelle. En 2007, M. Prince a dû témoigner devant le Congrès pour expliquer une fusillade impliquant plusieurs de ses agents, et qui avait fait 17 morts à Bagdad. Depuis, la compagnie a changé son nom pour Xe.

Un rapport du Congrès américain montre que, entre janvier 2005 et septembre 2007, les employés de Blackwater ont participé à 195 fusillades en Irak, et qu'ils avaient été les premiers à faire feu dans 163 cas.

Après les scandales, le département d'État a annoncé qu'il annulait les contrats de Blackwater en Irak. Or, l'administration Obama a payé 174 millions à Blackwater pour ses services de sécurité en Irak et en Afghanistan cette année, selon une enquête du magazine The Nation.

M. Prince a déclaré que son entreprise n'avait rien à se reprocher et qu'il entendait se défendre en cour.