Une étrange affiche présentant Barack Obama maquillé en Joker, le personnage du film Batman incarné par Heath Ledger, a fait son apparition aux États-Unis. D'abord distribuée sur le site Flickr, l'image a été aperçue récemment dans les rues de Los Angeles et d'Atlanta. Mais c'est surtout sur l'internet que les détracteurs d'Obama l'ont fait circuler.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

L'affiche, où le mot «socialiste» est accolé au nom d'Obama, a été décrite comme raciste et provocatrice. Sur le site collectif Associated Content, Robert Dougherty se questionne sur l'intention de l'auteur, qui reste anonyme.

«Le Joker (dans le film) est bien des choses, mais il n'est certainement pas socialiste, écrit-il. Tous ceux qui ont vu The Dark Knight le savent, le Joker est un partisan de l'anarchie.»

Quoi qu'il en soit, l'affiche n'est que la dernière manifestation d'une vague d'images et de commentaires qui visent à dépeindre Barack Obama sous un jour menaçant. Les adversaires d'Obama jouent depuis quelques semaines sur la peur, un thème qui avait largement disparu du discours public depuis l'arrivée au pouvoir du président.

Ainsi, les birthers, un groupuscule d'extrême droite qui doute qu'Obama soit né à Hawaii, ont reçu des heures de temps d'antenne aux périodes de grande écoute, même après qu'il eut été établi que leurs prétentions étaient sans fondement.

Parallèlement, le président a été accusé de racisme pour avoir pris la défense de son ami, l'universitaire noir Henry Louis Gates, arrêté dans sa propre maison par un policier qui croyait avoir affaire à un cambrioleur.

L'héritage d'Ayn Rand

Bien des critiques d'Obama se réclament d'Ayn Rand, auteure et philosophe qui a popularisé les théories économiques du laisser-faire et des responsabilités individuelles dans les années 40 et 50.

Or, la droite américaine d'aujourd'hui semble davantage intéressée à marquer des points politiques qu'à combattre l'ingérence de l'État dans la vie économique du pays.

Aucun leader républicain, par exemple, ne remet en question l'existence du Medicare, un programme fédéral de 440 milliards qui offre l'assurance maladie aux personnes de 65 ans et plus. Le programme est extrêmement populaire, notamment auprès des compagnies d'assurances privées, qui n'ont pas à payer les soins de millions d'aînés susceptibles d'avoir besoin de traitements médicaux coûteux.

Cet été, les adversaires d'Obama semblent appliquer à la lettre les enseignements de Karl Rove, stratège politique de George W. Bush, selon qui la meilleure façon de battre l'autre camp est d'attaquer ses points forts. En 2004, Rove avait attaqué sans relâche les triomphes militaires de John Kerry, faisant oublier à la nation que Bush n'avait jamais mis les pieds au Vietnam.

Selon les sondages, le point fort du parti démocrate est Barack Obama, et c'est lui que les conservateurs visent.

Pour le chroniqueur Frank Rich, cette paranoïa est la manifestation d'un mouvement démographique inéluctable : l'élite blanche n'est plus la seule à tirer les leviers du pouvoir en Amérique. Dans 30 ans, note-t-il, les Blancs seront minoritaires aux États-Unis, selon les statistiques.

«La leçon que nous devons tirer des récents événements est celle-ci : l'Amérique n'est pas postraciale, écrit-il dans le New York Times. Nous ne sommes qu'au début d'un combat qui pourrait bien durer 30 ans. Et ce n'est pas une bière froide qui apaisera la colère de ceux qui ne peuvent accepter que le visage de l'Amérique ne ressemble plus au leur.»