Frappés par la crise économique, les Américains revisitent une idée controversée: légaliser (et taxer) la marijuana. Des élus et des économistes font ces jours-ci des sorties publiques pour appuyer le projet. La Californie y voit des revenus potentiels d'un milliard par année.

Mis à jour le 4 mars 2009
Nicolas Bérubé LA PRESSE

La légalisation de la marijuana inspire depuis longtemps les scénaristes et les vedettes hip-hop. Ces jours-ci, c'est au tour des élus, des policiers et des économistes de vanter les vertus du pot légal aux États-Unis.

La guerre à la marijuana coûte des milliards à chaque année et semble aller nulle part. Les prisons débordent à cause des petits revendeurs de pot. Et l'herbe la plus vendue sur le marché noir ne rapporte pas un sou en taxes aux gouvernements, qui se battent aujourd'hui avec des déficits records.

Il n'en fallait pas plus pour qu'émerge l'idée de légaliser et taxer la plante illégale la plus vendue aux États-Unis. Après tout, c'est durant la Grande Dépression, en 1933, que Franklin Roosevelt a autorisé la vente d'alcool, mettant un terme à la Prohibition.

Activité rentable

La très sérieuse chaîne économique CNBC a lancé le bal, la semaine dernière, en diffusant un long reportage sur l'industrie de la marijuana aux États-Unis. On y apprenait que la culture du cannabis est «l'activité agricole la plus profitable» en Californie.

Le même jour, le représentant au Congrès de Californie, Tom Ammiano, de San Francisco, a déposé un projet de loi qui légaliserait la vente de marijuana aux adultes de plus de 21 ans. Selon lui, les ventes illégales de pot dans l'État totalisent 14 milliards de dollars annuellement.

«Je pense qu'ici, en Californie, nous comprenons que 14 milliards US, c'est non négligeable. L'État mériterait de pouvoir toucher sa part», a dit M. Ammiano, ajoutant qu'une partie des fonds récoltés serait investie dans les programmes pour prévenir et traiter l'abus des drogues.

Sa proposition est appuyée par le shérif de San Francisco, Michael Hennessey, et Betty Yee, la présidente du Board of Equalization - l'instance chargée percevoir les impôts. Mme Yee a calculé que le gouvernement californien pourrait toucher 1,3 milliard annuellement en taxant les consommateurs et les producteurs de marijuana.

Jeffrey A. Miron, professeur d'économie d'Harvard et collaborateur à CNN, se prononce aussi en faveur de la légalisation de la plante.

Selon lui, les grands perdants d'une légalisation du cannabis seraient les groupes criminalisés qui verraient disparaître leur meilleure source de revenus.

«La légalisation du cannabis aurait pour effet de réduire les prix, donc de rendre sa culture et son commerce peu attrayants pour les criminels», a-t-il noté.

Peu de volonté politique

Pour l'heure, la question de la légalisation du pot fait surtout l'objet de débats académiques ou régionaux : même s'il se montre moins idéologique que George W. Bush, le président Barack Obama s'est dit opposé à la légalisation du cannabis.

Or, si les courants dans l'opinion publique devaient rester les mêmes, la légalisation du cannabis aux États-Unis pourrait se produire d'ici de 12 à 15 ans, a récemment calculé le jeune gourou de la statistique et collaborateur de Newsweek, Nate Silver.

Célèbre pour avoir prédit le raz-de-marée démocrate aux dernières élections, M. Silver a remarqué un changement dans la perception de la marijuana.

«Trois sondages récents montrent que les Américains sont plus en faveur de la légalisation qu'avant», a-t-il noté sur son blogue, Fivethirtyeight.com

«Si la tendance devait se maintenir, le mouvement en faveur de la légalisation pourrait atteindre 60% de la population en 2022, 2023. D'ici là, je crois que d'autres changements, comme la légalisation du mariage gai, se seront déjà produits...»