Le Pentagone se prépare depuis des mois à gérer au mieux la période de transition entre l'administration Bush et la prochaine présidence américaine, une «période de vulnérabilité» au beau milieu de deux guerres, dont les ennemis des Etats-Unis pourraient vouloir profiter.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Entre le 4 novembre, date de l'élection présidentielle, et l'entrée en fonction de la nouvelle administration fin janvier, «nous serons tous en état d'alerte élevé car historiquement, nos ennemis ont parfois tenté de nous attaquer pendant ces transitions, avant ou après une élection, qu'ils perçoivent comme une période d'incertitude», a déclaré à l'AFP le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell.

L'Histoire regorge d'exemples d'incidents majeurs aux alentours de l'élection présidentielle américaine, comme en atteste une chronologie établie par l'état-major américain.

Trois mois après son arrivée à la Maison Blanche en 1961, John Kennedy avait dû assumer le fiasco du débarquement de la Baie des cochons, qui allait provoquer la crise des missiles soviétiques à Cuba l'année suivante.

En 1975, la chute de Saïgon est intervenue huit mois après l'accession au pouvoir de Gerald Ford. Ronald Reagan a été victimes d'une tentative d'assassinat quelques semaines après son entrée en fonction. Un mois seulement après la prestation de serment de Bill Clinton en 1993, le World Trade Center était visé par une bombe, et au huitième mois de la présidence Bush éclataient les attentats du 11-Septembre.

Le besoin d'une préparation rigoureuse est d'autant plus criant que les Etats-Unis sont engagés dans deux guerres, en Irak et en Afghanistan. La dernière transition en période de conflit remonte à 40 ans, en plein Vietnam.

Au sein de l'état-major américain, une équipe d'une douzaine de personnes planche sur la question depuis des mois. «L'idée est de maintenir les forces armées dans un état de conscience aigüe pendant cette période», explique le porte-parole du chef d'état-major interarmées, le capitaine John Kirby.

Leurs missions: «S'assurer que les militaires sont parés à toute éventualité et si possible, prévenir ce genre de crise», et «faire en sorte que le chef d'état-major (l'amiral Michael Mullen) soit prêt à fournir les meilleurs conseils militaires possibles au prochain président sur les questions prioritaires auxquelles fera face la nouvelle administration».

Parmi les dossiers les plus brûlants, «la nouvelle stratégie à adopter en Afghanistan», qui fait l'objet d'un passage en revue détaillé au sein de l'administration sortante, «la situation en Irak, qui a changé depuis le début de la campagne, ou encore la crise financière qui pourrait affecter le budget de défense», détaille un responsable militaire sous couvert d'anonymat.

Alors que l'avènement d'un nouveau président va donner lieu à une valse de nominations, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, souhaite que soit rapidement accordée aux futurs responsables de défense une habilitation («security clearance»), donnant accès à un haut degré de confidentialité, «afin qu'ils puissent vite assister à ses conversations avec le commandement militaire», selon Geoff Morrell.

Le chef du Pentagone a par ailleurs demandé à son cabinet d'accepter de rester quelques mois supplémentaires, jusqu'à la confirmation par le Congrès de leurs successeurs.

En attendant, les équipes de campagne des candidats démocrate, Barack Obama, et républicain John McCain, assurent se tenir prêtes.

Selon le colistier démocrate Joe Biden, «il ne faudra pas six mois» pour que «le monde mette Barack Obama à l'épreuve comme il avait mis à l'épreuve John Kennedy».