Un nouvel Haïti, moins centralisé, plus indépendant économiquement et stable politiquement, voilà à quoi rêve le président René Préval. Les efforts de reconstruction rendus nécessaires après le séisme dévastateur du 12 janvier seront l'occasion «de remodeler Haïti», a lancé le président Préval à l'issue d'une rencontre avec le premier ministre Stephen Harper.

Malorie Beauchemin, envoyée spéciale LA PRESSE

M. Harper a entamé hier une courte visite de deux jours en Haïti, afin de mesurer l'étendue des dommages et de voir les efforts déployés par le Canada pour venir en aide à la population. Ottawa entend maintenant donner un coup de main directement au gouvernement haïtien en appuyant la construction d'une base administrative temporaire.

 

Les installations - des abris modulaires semi-permanents et des abris gonflables souples - pourront accueillir les ministères et les fonctionnaires-clés du gouvernement haïtien pendant un an. Le gouvernement canadien y consentira 12 millions de dollars, tirés d'une enveloppe d'aide au développement déjà annoncée en 2006, de 555 millions en cinq ans.

«Jusqu'à présent, on a vu la mobilisation de la communauté internationale pour l'aide d'urgence. Il y a maintenant une nécessité de développer un plan à long terme», a souligné le premier ministre Harper à la base militaire des forces canadiennes, près de l'aéroport de Port-au-Prince.

«Haïti n'est pas capable de le faire seul, surtout après les dommages causés par ce séisme», a-t-il ajouté. M. Harper a réitéré que le Canada serait en Haïti «pour le long terme», et ce, même en période de compressions budgétaires.

«C'est évident que la population canadienne appuie cette priorité, a dit le premier ministre. Même dans une position fiscale un peu plus difficile dans les années à venir, Haïti est notre priorité comme voisin des Amériques. Nous travaillerons avec ce gouvernement et avec nos partenaires pour assurer l'efficacité de nos efforts. C'est dans l'intérêt politique de tous.» Le président Préval a tenu à remercier le gouvernement et la population du Canada pour leur soutien.

Les efforts de reconstruction seront selon lui l'occasion de revoir au grand complet le développement d'Haïti. «Maintenant, c'est une occasion de voir le problème différemment, de redonner la priorité à l'aspect économique, à l'aspect gouvernance et à l'aspect stabilité politique, pour qu'on ne soit pas obligé de répéter les opérations», a dit René Préval.

«Il faut surtout prendre cette occasion pour ne pas reconstruire, mais pour repenser, remodeler Haïti», a ajouté le président haïtien.

Pour l'heure, il est maintenant temps de redonner une forme d'autonomie aux Haïtiens, a-t-il dit, pour éviter que l'aide internationale n'entre en concurrence avec la production nationale.

«Il faut graduellement remplacer l'aide provenant de l'étranger par la création d'emplois, permettant aux gens d'avoir les moyens de faire l'acquisition eux-mêmes des biens et services dont ils ont besoin», a estimé M. Préval, citant l'exemple de l'eau potable, produite en Haïti avant le séisme. Une considération à laquelle a adhéré le premier ministre canadien.

Après un petit tour de la base militaire de Port-au-Prince, M. Harper a constaté les dommages causés par le séisme dans la capitale à bord d'un hélicoptère Griffon. Il a ensuite passé la nuit à bord du navire NCSM Athabaskan. Aujourd'hui le premier ministre visitera Jacmel et Léogâne, dans le Sud-Ouest, où sont concentrés les efforts des Forces armées canadiennes.

Le bilan des victimes canadiennes s'élève maintenant à 31 morts, mais 55 ressortissants manquent toujours à l'appel, dont six probablement sous les décombres de l'hôtel Montana, à Port-au-Prince. Une équipe de recherche et de sauvetage urbain, composée de 16 militaires canadiens, s'évertue toujours à chercher les corps de Canadiens dans les décombres de plusieurs bâtiments.