Le mois de mars est le plus important de l'année pour les semis en Haïti. Cette année, cette opération routinière prend un sens très particulier. Les céréales et les légumes que l'on récoltera fourniront de la nourriture à un peuple éprouvé qui en a bien besoin.

Mis à jour le 8 mars 2010
Stéphanie Bérubé LA PRESSE

Un groupe de Québécois a décidé de faire sa part. «Nous avons récolté 200 kg de semences», explique Sébastien Rioux, coordonnateur du projet Haïti, une semence un pays. Le groupe est né quelques semaines après le tremblement de terre, au moment où les organismes internationaux rappelaient l'importance de l'agriculture dans la reconstruction du pays. «Se nourrir de sa propre terre est la base de toute société», dit Sébastien Rioux.

De petits semenciers québécois ont été mis à contribution. «Nous avons donné des poivrons, des tomates et des aubergines», dit Yves Gagnon, des Jardins du Grand-Portage, à Saint-Didace. Toutes ses semences sont certifiées biologiques. «Pour nous, c'est la meilleure façon d'aider, dit le semencier. C'est aussi le moyen de donner de la nourriture à un peuple. Une semence peut donner 15 poivrons.»

Le mouvement Haïti, une semence un pays prend de l'ampleur. Des dons sont venus de la Colombie-Britannique et des Maritimes. Le défi est évidemment de trouver des variétés qui pousseront dans le climat haïtien. Actuellement, des variétés de haricots et de maïs qui serviront à faire de la farine sont très populaires. Sébastien Rioux compte amasser une tonne de semences. Il établit présentement des partenariats pour envoyer la marchandise et pour la distribuer. Le but est de donner les graines directement à des familles de paysans, à temps pour les semis de juillet.

De grandes quincailleries canadiennes ont aussi été sollicitées afin qu'on envoie des outils de jardinage avec les semences.

Besoin pressant

Les investissements en agriculture en Haïti sont plus pressants que jamais, estime la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture. La FAO note que le prix des aliments a monté après le tremblement de terre, qui a forcé la fermeture temporaire du port et rendu certaines routes impraticables. «Il y a un risque que des millions de gens déjà vulnérables se retrouvent dans une situation d'insécurité alimentaire encore plus grave», peut-on lire sur le site de l'organisme.

La migration vers les campagnes exerce une pression encore plus forte sur l'agriculture, dit la FAO: ces nouveaux ruraux devront nourrir leurs familles.

La FAO a lancé un programme de soutien à l'agriculture de 72 millions de dollars. Chaque dollar investi dans le soutien à l'agriculture vaut entre 40$ et 60$ d'aide alimentaire en économie, estime l'organisme.

Vendredi, le rapporteur de l'ONU pour le droit à l'alimentation a aussi rappelé l'importance de la petite agriculture vivrière pour les pays vulnérables. Dans un rapport présenté à Genève, Olivier De Schutter a rappelé les périls de la concentration de la chaîne agroalimentaire mondiale, qui crée une pression énorme sur le prix des denrées et nuit aux petits fermiers.

Les États doivent miser sur leurs petits producteurs, a-t-il dit, afin de mettre fin à cette terrible ironie qui fait que les agriculteurs des pays en développement représentent le groupe le plus important de personnes souffrant de la faim dans le monde.