Gladis Joseph-Trottier a perdu sa mère, ses frères et son beau-frère dans le séisme qui a ravagé Haïti.

Mis à jour le 16 janv. 2010
Daphné Cameron LA PRESSE

Sa soeur et ses cinq enfants attendent toujours les secouristes au milieu des décombres du quartier Fantamara de Port-au-Prince, mais ils ne viennent pas, car les routes sont bloquées par les débris. Une autre de ses soeurs a été attachée à une chaise, car elle n'arrivait plus à contenir la folie qui la hante depuis le tremblement de terre 

«Chaque fois que je téléphone à Haïti, j'apprends qu'un autre membre de ma famille est mort. Ceux qui restent vont bientôt mourir de soif», a-t-elle affirmé avant de fondre en larmes. «J'ai n'ai plus de souffle, je n'ai plus de voix. Je suis une plaie qui saigne avec un couteau dans le coeur. La fin du monde est arrivée. Il en prend trop, Il en prend trop.»

Le tremblement de terre qui a mis Haïti sans dessus-dessous a plongé la diaspora haïtienne du Québec dans le désespoir. Depuis samedi, la communauté s'est mobilisée pour panser ses plaies en offrant de l'aide psychologique et du réconfort aux personnes qui se sentent impuissantes et dépassées par la tragédie.

José Trottier, a convaincu son épouse Gladis de venir passer l'après-midi au centre multiservices qui a ouvert ses portes samedi à l'école Frederick-Banting de Montréal-Nord. «Je ne voulais plus qu'elle soit seule à la maison. Elle a besoin de parler, d'évacuer ce qu'elle ressent avec les autres membres de la communauté», a-t-il expliqué.

«Chez les Haïtiens, la notion de pleurer ses morts se vit en communauté», a raconté Don Fils-Aimé, porte-parole du regroupement des intervenants d'origine haïtienne de Montréal-Nord. «Je n'ai jamais vu un Haïtien vivre son deuil dans la solitude. Dans les prochains jours, ce sera notre point de rassemblement pour panser nos blessures et pleurer en créole.»

Au centre d'aide Frédérick-Banting, tout le monde a été frappé de plein fouet par le séisme à Haïti. «Haïti souffre, Montréal-Nord aussi», a résumé le maire de l'arrondissement, Gilles Deguire.

Les citoyens d'origine haïtienne ne sont pas les seuls à pleurer la mort d'un être cher. En fin d'après-midi, le chef de police de Montréal, Yvan Delorme, a également encaissé une dure nouvelle, lorsque la GRC a officiellement confirmé le décès du chef de police de la Mission de stabilisation de l'ONU en Haïti (MINUSTAH), Doug Coates.

«C'était un grand ami, un homme extraordinaire. Ça m'affecte beaucoup», a-t-il soupiré les yeux rivés sur un téléviseur du centre d'aide qui diffusait en direct la conférence de presse de la GRC.

«C'est une perte énorme pour Haïti. Il a consacré sa vie à ce pays et aux missions extérieures de la GRC. Il a énormément contribué au rétablissement de la paix pour les gens ordinaires d'Haïti», a-t-il ajouté un peu plus tard.

Claudel Toussaint est le directeur de la culture, des sports, du loisir et du développement social de l'arrondissement Montréal-Nord. Le fonctionnaire d'origine haïtienne explique que 11 000 habitants de Montréal-Nord, soit 14% de la population, ont des racines haïtiennes. Il a planché toute la semaine avec des organismes communautaires du secteur pour ouvrir le centre d'aide.

«Quand on aide les Haïtiens d'ici, on aide ceux de là-bas. Quelqu'un qui est en arrêt de travail à cause d'un choc post-traumatique ne peux plus aider sa famille ne serait-ce qu'économiquement, car comme vous le savez sans doute, la plupart des membres de la diaspora montréalaise supportent financièrement leurs proches à Haïti.»

À son avis, les membres de la communauté devront être à l'écoute les uns des autres dans les prochains mois. «Les problèmes psychologiques ne se manifesteront pas nécessairement dans les prochains jours. Il faudra être très attentif pour dépister la détresse, surtout chez les enfants.»

Le centre multiservices sera ouvert au moins jusqu'au 31 janvier de midi à 21h. Un service téléphonique interurbain et un accès à internet sera fourni gratuitement pour aider les gens dans leurs recherches. Une infirmière, une psychologue, une travailleuses sociale et des policiers seront présents. Le centre a également pris en charge cinq enfants seuls dont les parents sont toujours en Haïti.

Par ailleurs, l'organisme Médecins du monde a annoncé samedi qu'il mettait à la disposition de la communauté cinq psychologues pour les aider à traverser cette épreuve. Ce service sera offert dans les prochains jours au Bureau de la Communauté haïtienne situé au 6970, rue Marquette.

«Généralement, lorsqu'une tragédie survient, les gens ont un réseau social qui peut les supporter pour passer au-travers, mais là, on parle d'une communauté entière qui est affectée», a expliqué le Dr Nicolas Bergeron, président de Médecins du monde. «On s'attend à ce qu'il y ait des débordements dans le réseau de la santé donc on a décidé de fournir une aide complémentaire.»