Alors que des gestes d'Ottawa étaient fort attendus pour faciliter la venue d'Haïtiens au Canada à la suite du séisme de mardi, la promesse du gouvernement fédéral d'accélérer le traitement des demandes de parrainage de citoyens d'Haïti reçoit un accueil partagé au Québec.

Mis à jour le 16 janv. 2010
LA PRESSE CANADIENNE

Les mesures annoncées par le gouvernement sont peu généreuses et même désespérantes, s'insurge la directrice des programmes de la Maison d'Haïti, Marjorie Villefranche.

La directrice de l'organisme d'aide et d'accueil situé à Montréal espère que le gouvernement va clarifier la façon dont il entend traiter les demandes de parrainage.

Rappelant qu'il faut normalement entre un et deux ans au gouvernement pour traiter une telle demande, elle craint que le processus, même accéléré, ne puisse être finalisé en-deçà de six mois. Un délai qu'elle estime trop long dans les circonstances.

De plus, le parrainage est dispendieux, soit environ 2000 $ par personne, selon elle. Mme Villefranche s'inquiète en outre de la destruction des actes de naissance dans le tremblement de terre qui risquent d'empêcher, voire ralentir, le traitement des demandes.

«J'aimerais qu'ils (les représentants du gouvernement) puissent par exemple dire: vous avez un membre de votre famille que vous voulez parrainer, donc on lui donne immédiatement un visa de séjour temporaire pour qu'elle puisse venir ici le plus rapidement possible. C'est possible. A partir du moment où la personne est ici, on va pouvoir faire les papiers mais s'il faut régler les papiers en Haïti, ça n'a pas de sens», déplore-t-elle.

Quant à la ministre de l'Immigration du Québec, Yolande James, elle s'est déclarée satisfaite des mesures annoncées samedi matin par son homologue fédéral Jason Kenney.

Elle se réjouit du fait que le gouvernement provincial a entre ses mains 1900 dossiers de parrainage, prêts à être approuvés par Ottawa.

«On est heureux qu'Ottawa ait entendu le souhait exprimé non seulement par notre gouvernement mais surtout par la communauté haïtienne.»

Questionnée à savoir si l'accueil de ressortissants haïtiens en tant que réfugiés ne serait pas plus rapide, Mme James a confirmé que cela ne faisait pas partie des mesures annoncées par Ottawa.

«On poursuit les discussions. Ce matin, le ministre Kenney a fait part d'une première étape pour accélérer les demandes qui sont déjà prêtes et recevoir de nouvelles demandes. La porte n'est pas fermée. Il faut analyser les demandes à venir. Mais il faut surtout se rappeler que l'on est encore à l'étape de secourir les gens».

Mme James n'a cependant pas été en mesure de dire dans quels délais ces dossiers de parrainage pourront être traités par Ottawa dans le cadre de sa nouvelle procédure accélérée.

Précisant qu'elle est confiante que le gouvernement prendra en considération le fait que les ressortissants haïtiens ne pourront produire tous les documents normalement requis par la demande de parrainage, elle a affirmé que toutes les étapes du processus doivent néanmoins être respectées.

Samedi matin, le ministre fédéral de l'Immigration, Jason Kenney, avait annoncé que le gouvernement va accélérer l'étude et l'approbation de demandes d'immigration spécifiques.

«Le traitement prioritaire sera accordé aux demandes de parrainage nouvelles, ou en cours de traitement, présentées par des citoyens canadiens, par des résidants permanents ou des personnes protégées qui souhaitent parrainer des membres de leur famille. Le traitement prioritaire inclura les enfants haïtiens parrainés pour adoption par des familles canadiennes», a-t-il précisé lors du point de presse à Ottawa.

Les ressortissants haïtiens doivent cependant démontrer qu'ils ont été touchés directement et de façon significative par le tremblement de terre.

En outre, les Haïtiens qui se trouvent temporairement au Canada seront autorisés à prolonger leur séjour.

Le ministère de l'Immigration a cependant précisé que son ambassade à Port-au-Prince a été lourdement endommagée et les services qui y sont offerts sont très limités.