Le télévangéliste Pat Robertson a remporté la palme du mauvais goût aux États-Unis en attribuant les malheurs d'Haïti au «pacte avec le diable» qu'auraient conclu les esclaves de cette île, il y a deux siècles, afin de s'affranchir.

Mis à jour le 15 janv. 2010
Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

«Quelque chose s'est produit il y a longtemps en Haïti, et les gens préfèrent ne pas en parler», a-t-il déclaré mercredi lors de son émission à CBN (Christian Broadcast Network), une chaîne dont il est le fondateur. «Les esclaves étaient sous le joug des Français, de Napoléon III. Ils se sont réunis et ont conclu un pacte avec le diable. Ils ont dit: «Nous allons vous servir si vous nous libérez du joug français.» C'est une histoire véridique. Et le Diable a dit: «D'accord, marché conclu.»

 

«Et ils ont chassé les Français de l'île, a poursuivi Robertson. Les Haïtiens se sont révoltés et émancipés. Mais depuis ce temps, la malédiction s'acharne sur eux.»

Diffusée peu après sur l'internet, cette déclaration a valu au télévangéliste une avalanche de critiques auxquelles le porte-parole de CBN, Chris Roslan, a tenté de répondre dans un communiqué. Roslan y explique que les commentaires de Robertson avaient pour origine l'histoire de Dutty Boukman, qui ordonna le soulèvement d'un grand nombre d'esclaves après leur avoir fait boire, dans la nuit du 14 août 1791, le sang d'un cochon noir lors d'une cérémonie vaudou.

Mais les explications du porte-parole de CBN n'ont pas satisfait l'ambassadeur d'Haïti à Washington, Raymond Joseph. Invité à la chaîne MSNBC mercredi soir, il a tenu à rappeler que le soulèvement des esclaves de Saint-Domingue et leur victoire «contre la puissante armée française» en 1804 avaient permis aux États-Unis d'obtenir le territoire de la Louisiane pour une bouchée de pain, soit 15 millions de dollars.

«C'est trois cents l'acre, a dit l'ambassadeur Joseph. La révolte des esclaves haïtiens a fourni aux États-Unis 13 États à l'ouest du Mississippi. Le pacte que les Haïtiens ont conclu avec le diable a donc contribué à faire des États-Unis ce qu'ils sont devenus», a-t-il conclu sur un ton sarcastique.

Ce n'est pas la première fois que Pat Robertson soulève la controverse après une tragédie. Le 13 septembre 2001, il s'était notamment mis d'accord avec le télévangéliste Jerry Falwell pour attribuer les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone aux Américains qui approuvent «l'avortement, l'homosexualité et la séparation de l'Église et de l'État».

Candidat à la Maison-Blanche en 1988, Pat Robertson continue à exercer une certaine influence aux États-Unis grâce à sa chaîne de télévision et à l'université qu'il a fondée en 1978 à Virginia Beach.