Un réacteur de la centrale accidentée de Fukushima a été arrosé pendant plus de 13 heures de samedi à dimanche pour éviter une aggravation des rejets radioactifs dans l'environnement, après la première alerte à la contamination de produits alimentaires.

Mis à jour le 19 mars 2011
Hiroshi Hiyama AGENCE FRANCE-PRESSE

Le bilan humain du séisme et du tsunami, qui ont dévasté le Nord-Est du Japon le 11 mars, s'est encore aggravé avec 7 653 morts confirmés et 11 746 personnes portées disparues, soit près de 20 000 personnes qui pourraient avoir péri au total.

Près de Fukushima, des taux de radioactivité anormaux ont été relevés dans du lait et des épinards, tandis qu'à Tokyo et ses environs, l'eau du robinet contient des traces d'éléments radioactifs.

Le niveau de contamination «ne présente pas de risques immédiats pour la santé. Je vous demande de rester sereins», a déclaré Yukio Edano, le porte-parole du gouvernement, en faisant allusion au lait et aux épinards.

Pour l'eau, les doses d'iode radioactif (iode 131) et de césium 137 retrouvées sont nettement inférieures au seuil légal, a précisé le ministère des Sciences.

La limite légale pour la teneur en iode 131 a cependant été ponctuellement dépassée jeudi dans l'eau courante d'une municipalité de la préfecture de Fukushima, située à 45 kilomètres de la centrale. Le niveau est redescendu bien en-dessous dès le lendemain, selon les relevés effectués.

Le gouvernement a alors donné l'ordre aux autorités locales de réaliser des tests de radioactivité et a fixé des seuils légaux pour plusieurs types d'aliments.

Les Japonais accordent une attention extrême à la qualité de leur alimentation et à l'hygiène en général.

Ils continuent à suivre heure par heure la course contre la montre engagée à Fukushima par plusieurs dizaines d'électriciens, de pompiers et d'ingénieurs pour éviter que l'accident nucléaire, le plus grave depuis Tchernobyl, ne prenne encore de plus amples proportions.

Les autorités ont décidé d'intensifier l'arrosage des réacteurs à l'aide de camions citernes équipés de canons à eau, pour éviter que du combustible usé entre en fusion et libère d'importants rejets radioactifs dans l'atmosphère.

Sur le réacteur 3, cette opération a démarré samedi vers 14 heures (05H00 GMT) et s'est poursuivie jusqu'à 03H40 dimanche (18H40 GMT dimanche), selon les médias japonais. Plus de 2 000 tonnes d'eau ont été utilisées.

L'arrosage a pu être contrôlé à distance afin d'éviter l'exposition de personnes au niveaux élevés de radiations près des réacteurs, a précisé la chaîne de télévision NHK.

Dimanche, c'est le réacteur 4 qui devrait être arrosé.

Les secours espèrent surtout pouvoir rétablir l'alimentation électrique des six réacteurs endommagés à partir de la ligne à haute tension tirée vendredi de l'extérieur de la centrale.

Mais ils n'ont pas réussi à alimenter un premier réacteur dès samedi comme les autorités l'avaient prévu.

«L'électricité n'a pas encore été rétablie car il faut faire plusieurs vérifications, des zones baignant dans l'eau de mer», sans provoquer de court-circuit, a expliqué un porte-parole de l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco), Fumiaki Hayakawa.

Le rétablissement de l'électricité est essentiel pour relancer les pompes qui fournissent de l'eau au système de refroidissement des réacteurs.

Six secouristes ont été exposés à des niveaux de radiations supérieurs à 100 millisieverts, le seuil à partir duquel augmente le risque de développer un cancer plus tard.

Ils continuent toutefois de travailler à la centrale, a précisé Tepco, la limite annuelle admissible ayant été relevée de 50 à 250 millisieverts après l'accident.

Les autorités nippones affirment pour l'heure que les niveaux de radiation relevés ne sont pas dangereux au-delà d'une zone de 30 km autour de la centrale.

Mais la défiance est forte parmi les habitants des régions alentour face aux informations jugées trop techniques et parcellaires données par le gouvernement.

«Je veux juste que le gouvernement nous dise la vérité», a déclaré Teechi Sagama, un directeur d'école de Miyako, au milieu de la zone dévastée.

Pour tenter de rassurer la population, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) va procéder à des mesures de radioactivité à Tokyo, distinctes de celles du gouvernement.

Dans le Nord-Est, la situation humanitaire demeure précaire pour les quelque 400.000 sinistrés du séisme et du tsunami, confrontés aux risques sanitaires ainsi qu'aux pénuries d'eau courante et d'électricité dans certains centres d'hébergement.

Mais ils ont bénéficié samedi d'un réchauffement des températures, glaciales ces derniers jours, qui ne pourrait être que temporaire, de la pluie et de la neige étant prévues pour dimanche.

«Une grande proportion des évacués sont des personnes âgées, qui souffrent de rester allongées dans des gymnases, avec des couvertures pas assez épaisses et pas suffisamment de chauffage», a témoigné Patrick Fuller, porte-parole de la Fédération Internationale de la Croix-Rouge.

La construction de 200 maisons temporaires a débuté dans la préfecture d'Iwate, où un programme de 8.800 nouveaux logements a été lancé.

Le Japon, troisième puissance économique mondiale, n'a pas fait appel à l'aide financière étrangère mais de très nombreux pays, organisations, stars et particuliers ont envoyé des dons, témoignant de l'émotion immense provoquée par la catastrophe.

Selon une étude scientifique japonaise, la vague la plus haute du tsunami a atteint 23 mètres.