Le Japon a déclaré l'état d'urgence dans deux centrales nucléaires. Des milliers de personnes ont été évacuées.

Laura-Julie Perreault LA PRESSE

La terre a tremblé, puis la mer s'est déchaînée, engloutissant des centaines de vies. En plein milieu de l'après-midi hier, le Japon a été frappé par le plus fort tremblement de terre de son histoire. L'onde de choc s'est fait sentir jusqu'en Colombie-Britannique.

La ville de Sendai ainsi que les villes et villages du nord-est du pays ont été les plus durement touchés à la suite du séisme de magnitude de 8,9 qui a eu lieu hier à 14h46 (heure locale). L'épicentre se trouvait à 125 km du littoral de l'île la plus populeuse du Japon, Honshu, et à quelque 380 km de Tokyo.

Les images du séisme et du tsunami qu'il a causé dans les minutes qui ont suivi, transmises par la télévision japonaise, avaient de quoi glacer le sang. On pouvait voir une immense vague noire, haute de 10 m à son sommet, balayer le littoral, emportant sur son passage maisons, bateaux, véhicules et vies humaines.

Le bilan provisoire établi par la police fait état de plus de 1400 morts et disparus à la suite du tremblement de terre et du tsunami.

Au moins 613 personnes ont péri dans différentes régions du nord et de l'est du Japon.

Parmi ces victimes figurent plus de 200 cadavres retrouvés sur la plage de Sendai (nord-est, préfecture de Miyagi) après le passage d'une vague de plus de 10 mètres consécutive aux secousses d'une amplitude considérable.

Environ 1200 foyers sont susceptibles d'avoir été touchés par le tsunami dans cette zone.

Quelque 784 personnes étaient par ailleurs toujours portées disparues et 1128 blessés ont été signalés, selon le nouveau bilan provisoire de la police, établi samedi à 11H30 locales (02H30 GMT).

Un désastre annoncé

Avant le séisme, de nombreuses sirènes ont retenti dans les zones les plus touchées. «Les gens de Sendai sentaient des secousses depuis quatre jours. Ils savaient qu'un grand tremblement de terre s'en venait mais, même s'ils étaient préparés, ils ont été pris de court. Ç'a dépassé tout ce qu'ils pouvaient imaginer», a témoigné hier Pierre-Yves Lebon, enseignant au collège Jean-Eudes, qui a travaillé à Sendai jusqu'à l'automne dernier. Hier, il a passé de longues heures à tenter de joindre ses amis, une tâche difficile puisque le système téléphonique était inopérant. «Ceux que j'ai réussi à joindre ont peur de rentrer chez eux. Ils se sont réfugiés dans des voitures pour la nuit. Il n'y a plus d'électricité dans la ville», signale M. Lebon. Plusieurs témoignages recueillis sur Twitter allaient dans ce sens.

Crainte du nucléaire

Le Japon a déclaré l'état d'urgence aujourd'hui pour cinq réacteurs nucléaires situés dans deux centrales de Fukushima, dans le nord-est du pays. La salle de contrôle du réacteur numéro 1 de la centrale Fukushima N°1 a enregistré dans la matinée un niveau de radioactivité 1000 fois supérieur à la normale. Les fonctions de refroidissement étaient en outre inopérationnelles dans trois réacteurs d'un second site voisin, Fukushima N°2. Des milliers de personnes ont été évacuées, dans un rayon allant jusqu'à 10 kilomètres des centrales.

Les infrastructures du pays en entier ont d'ailleurs été ébranlées par le séisme, qui, pendant plus de quatre heures, a été suivi de petites secousses sporadiques. Dans la région de Fukushima, un barrage a cédé. Plusieurs incendies ont aussi été signalés dans tout le pays. Jean-Yves Lefebvre, un Québécois qui vit au Japon, se trouvait au 19e étage d'un immeuble à Chiba City, près de Tokyo, lorsque la terre a tremblé. «D'ici, je peux voir plusieurs raffineries qui sont la proie des flammes autour de la baie de Tokyo», a-t-il écrit sur un blogue de Cyberpresse, hier, quelques heures après le tremblement de terre. «Je vais possiblement devoir dormir au travail puisque les trains ne fonctionnent pas. Pendant ce temps, on ressent de petites secousses et j'ai le mal de mer!»

Tokyo secoué

Comme M. Lefebvre, des milliers de personnes ont dû passer la nuit au bureau. Se déplacer à Tokyo était un véritable cauchemar. Les transports en commun ont été interrompus pendant de longues heures et, selon des témoins, les embouteillages étaient gigantesques. Plusieurs autoroutes surélevées ont été fermées à la circulation. «Les autorités ont appris les leçons du passé. Lors de grands tremblements de terre, dans le passé, des autoroutes se sont effondrées. Aujourd'hui, on ne prend pas de risque», a expliqué hier Teppei Kurita, un Japonais qui a déjà étudié à l'Université de Montréal et que nous avons joint à son bureau, hier.

Selon lui, les mesures mises en place par le gouvernement japonais pour prévenir le pire en cas de séisme portent leurs fruits. Les édifices antisismiques du centre-ville de Tokyo ont oscillé, mais les structures ont tenu le coup. «Les murs ont tremblé, les lampadaires sont tombés, il y a des dégâts d'eau, mais les fenêtres n'ont pas éclaté, malgré des déplacements des édifices de 1,5 à 2 m», estime-t-il.

Hier, alors que de petites répliques au séisme se sont fait sentir pendant de longues heures, plusieurs craignaient qu'un tremblement de terre encore plus puissant n'atteigne la capitale. Depuis 20 ans, les habitants de Tokyo appréhendent un séisme majeur, comme celui de 1923, qui avait fait près de 140 000 morts.

«Les gens sont assez inquiets et vont sur le site de l'agence météorologique du Japon pour voir d'où viennent les répliques», a raconté à La Presse Robert Lavoie, un Québécois qui a épousé une Japonaise et qui vit dans le pays du Soleil levant depuis cinq ans.

- Avec Judith Lachapelle, Mathieu Perreault et Nicolas Bérubé ainsi que l'AFP, l'Associated Press et la BBC.

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HUIT autres tsunamis japonais

Baie d'Ise                    1583      8000 morts

Péninsule de Boso      1703      5200 morts

Nankaido                     1605       5000 morts

Sanriku                        1611      5000 morts

Île de Kyushu              1792      4300 morts (baie de Shimbara)

Tokushima                   1512      3700 morts

Sanriku                        1993     3000 morts

Nankaido                     1854      3000 morts

(Source : National Geophysic Data Center)

Photo: Reuters

Des maisons brûlent dans la ville de Natori après le séisme et le tsunami qui ont frappé le Japon.