Des drapeaux turcs et palestiniens sont toujours visibles dans le port de Gaza. C'est à cet endroit que devait arriver la «flottille de la paix» de l'organisme Free Gaza, la semaine dernière.

Janie Gosselin, envoyée spéciale LA PRESSE

«Nous n'avons pas dormi de la nuit. À 6h30, nous étions au bord de la mer. Nous les attendions. D'autres bateaux étaient venus auparavant; nous ne pensions pas qu'il y aurait de problème cette fois», raconte Amjad Shawa, coordonnateur du Palestinian Non-Governmental Organizations Network.

Le blocus israélien dans la bande de Gaza date de 2007, année de l'arrivée au pouvoir du groupe extrémiste Hamas. Seuls les produits de base peuvent y être acheminés.

Israël a établi ce blocus dans le but d'affaiblir le Hamas, de prévenir la prolifération des armes et de faire pression pour libérer le soldat israélien Gilad Shalit, enlevé en 2006.

Le blocus a eu l'effet contraire. Aujourd'hui, le Hamas est plus fort que jamais. On continue vraisemblablement d'acheminer des armes par les tunnels illicites de Rafah; le soldat Shalit n'a toujours pas été libéré; la population de la bande de Gaza continue de souffrir du manque de ressources.

Le taux de chômage s'élève à un peu plus de 40%. Près de la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition, selon le Croissant-Rouge. Quatre familles sur cinq sont dépendantes de l'aide fournie par l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

Au marché de Gaza, les étals sont remplis de concombres, de tomates et d'oignons, cultivés localement. Mais les gens achètent peu. «Les gens n'ont pas d'argent. Nous vendons seulement quand l'argent est distribué. Deux jours, et ensuite nous dormons le reste du mois», ironise Sophi Barrakat, marchand de fruits et légumes.

«Le besoin principal à Gaza, en ce moment, ce sont les matériaux de construction», souligne Adnan Abu Hasna, responsable des communications pour l'UNRWA à Gaza. Car les matériaux de construction, comme le ciment, ne peuvent pas traverser la frontière. Or, quelque 10 000 familles sont toujours sans abri à la suite de bombardements israéliens.

«Une recette pour l'extrémisme»

«Le blocus a créé de la pauvreté, du chômage et l'isolement de la population, souligne Hamdi Shaqqura, du Palestinian Centre for Human Rights. Comment peut-on affirmer que c'est pour affaiblir l'extrémisme? C'est une recette pour le stimuler! Le Hamas est plus fort que jamais.»

Plusieurs pays, dont le Canada, considèrent le Hamas, qui ne reconnaît pas l'existence d'Israël, comme un groupe terroriste.

«Nous n'avons pas besoin de reconnaître Israël», répond, visiblement agacé, Ahmed Yousef, le conseiller politique du premier ministre de l'Autorité palestinienne, Ismael Haniyeh. «Personne ne devrait même nous le demander. Nous sommes sous occupation. Notre lutte est légitime», ajoute-t-il, accusant les médias de poser des questions préparées par Israël.

Les tentatives de briser le blocus, les manifestations qui ont suivi partout dans le monde et la réouverture de la frontière avec l'Égypte ont malgré tout apporté une bouffée d'air frais à Gaza.

«L'espoir est l'aspect le plus important, note Amjad Shawa. Un homme peut perdre sa maison, son travail, mais il ne doit pas perdre l'espoir. Être sans espoir est trop dangereux.

photo Eyad Baba, associated press

Une jeune Palestinienne dort appuyée sur un bagage alors que sa famille et elle attendent pour traverser la frontière avec l'Égypte au point de passage de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Sous la pression de la communauté internationale, l'Égypte a accepté la semaine dernière de rouvrir sa frontière avec la bande de Gaza, fermée depuis 2007.