Israël, engagé dans une «guerre sans merci» pour écraser le Hamas afin d'améliorer «à long terme» sa sécurité autour de la bande de Gaza, a attaqué lundi le mouvement islamiste pour la troisième journée consécutive.

Adel Zaanoun AGENCE FRANCE-PRESSE

Ses raids aériens, qui se sont poursuivis dans la nuit de lundi à mardi, ont fait depuis samedi au moins 360 morts Palestiniens, alors que se profile la perspective d'attaques terrestres.

Au moins 10 Palestiniens ont été tués et une quarantaine blessés lors des derniers raids, a indiqué à l'AFP le directeur des urgences pour le territoire, Moawiya Abou Hassanein.

Le Dr Hassanein a estimé à au moins 360 tués et 1690 blessés le bilan des attaques aériennes israéliennes depuis le lancement samedi de l'opération «plomb durci». La majorité des morts appartiennent au mouvement islamiste Hamas.

Des dizaines de raids israéliens, au moins une quarantaine, ont visé des bâtiments, notamment des installations de ministères ou des services de sécurité, a-t-on appris de sources du Hamas et de témoins.

Parmi les cibles de cette nouvelle nuit d'attaques, pour la plupart concentrées dans la ville de Gaza, figurent le siège du Premier ministre, les ministères de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances, l'Université islamique déjà frappée la veille, et un club lié au Fatah du président palestinien Mahmoud Abbas, selon des responsables du Hamas et des témoins.

Ces attaques n'ont pas empêché de nouveaux tirs de roquettes depuis le territoire palestinien. Quatre Israéliens au total ont été tués par des tirs palestiniens depuis le début de l'opération lancée samedi par l'Etat hébreu contre le Hamas dans la bande de Gaza.

«Notre offensive a pour objectif d'améliorer la situation sécuritaire à long terme de la région bordant la bande de Gaza», a indiqué à l'AFP le capitaine Benjamin Rutland, porte-parole de l'armée israélienne.

Il a ajouté que les opérations en cours visent aussi à «renforcer les capacités dissuasives de l'armée».

Après une série de raids nocturnes, dont certains menés par des bâtiments de guerre au large de Gaza, l'aviation israélienne avait lancé de nouvelles frappes lundi, détruisant notamment le bureau du Premier ministre du gouvernement du Hamas, Ismaïl Haniyeh.

Douze Palestiniens ont été tués et 30 autres blessés dans deux raids aériens israéliens menés en début de soirée à Beit Lahya et Beit Hanoun, deux localités dans le nord du territoire.

«Si les tirs criminels contre Israël et ses citoyens ne cessent pas totalement, Israël aura recours à tous les moyens et tous les types d'actions légaux dont il dispose pour faire en sorte que l'ennemi mette un terme à ses agressions illégales», a affirmé dans un communiqué le ministre de la Défense Ehud Barak.

Plus tôt, M. Barak avait estimé au Parlement que les Israéliens étaient «engagés dans une guerre sans merci contre le Hamas et ses alliés».

Le vice-Premier ministre Haïm Ramon, N.2 du gouvernement, a affirmé que «le but de l'opération est de faire tomber le régime» du mouvement islamiste, alors que le chef d'état-major adjoint israélien, le général Dan Harel, assurait qu'«après l'opération, il ne restera plus aucun bâtiment du Hamas debout à Gaza».

Jusque-là, les dirigeants israéliens affirmaient que l'opération «plomb durci», d'une violence inédite depuis l'occupation des territoires palestiniens par Israël en 1967, visait à mettre fin aux tirs de roquettes sur le sud du pays depuis la bande de Gaza, contrôlée depuis juin 2007 par le Hamas.

Laissant planer la menace d'une offensive terrestre, Israël, qui a mobilisé 6.500 réservistes, a déployé lundi des renforts d'infanterie et de blindés à la lisière de la bande de Gaza, selon des photographes de l'AFP.

L'armée israélienne a aussi décrété le secteur frontalier du territoire palestinien «zone militaire fermée», une mesure qui pourrait préluder à une attaque terrestre imminente.

Marquant clairement son soutien, la Maison Blanche a affirmé comprendre qu'Israël «doive agir pour se défendre», estimant que l'Etat hébreu ne voulait pas reprendre le contrôle de la bande de Gaza.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a discuté avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et des dirigeants du monde pour tenter de restaurer un cessez-le feu entre Israël et le Hamas, selon le département d'Etat.

Christopher Gunness, porte-parole de l'UNRWA, l'agence de l'ONU d'aide aux réfugiés palestiniens, a fait état de 57 morts civils dont 21 enfants et au moins sept femmes selon des sources hospitalières.

Des blessés palestiniens ont pu emprunter lundi le terminal de Rafah, rouvert par l'Egypte afin de permettre également le passage de l'aide alimentaire et médicale vers la bande de Gaza, selon un journaliste de l'AFP.

Le Hamas a rejeté la proposition du président palestinien Mahmoud Abbas qui entendait «procéder à des consultations avec tous les partis palestiniens, y compris le Hamas», sur l'opération israélienne.

Dans le sud d'Israël, des roquettes tirées lundi depuis la bande de Gaza ont fait trois morts et 14 blessés. Samedi, une Israélienne a été tuée par un tir de roquette et lundi soir, une Israélienne atteinte par un tir de roquette palestinienne à Ashdod (sud) a succombé à ses blessures, a-t-on appris de source hospitalière.

Selon l'armée, plus de 200 roquettes et obus de mortier ont été tirés sur Israël depuis samedi.

A Londres, sept personnes ont été arrêtées lundi lors de heurts avec la police devant l'ambassade israélienne, au cours du deuxième jours de manifestation contre les raids israéliens.