Le président russe Dmitri Medvedev a jugé dimanche «inquiétantes» les informations de la CIA sur la capacité de l'Iran de fabriquer deux bombes nucléaires, affichant des doutes sérieux sur la nature du programme nucléaire de son partenaire commercial.

Mis à jour le 29 juin 2010
Olga Nedbaeva AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ces informations doivent être vérifiées mais de telles informations sont toujours inquiétantes, d'autant que la communauté internationale ne reconnaît pas que le programme nucléaire iranien soit transparent», a déclaré M. Medvedev à la presse à l'issue d'un sommet des dirigeants du G20.

Le président russe, qui n'avait encore jamais exprimé de doute aussi fort sur le caractère pacifique du programme nucléaire iranien, réagissait aux déclarations du patron de la CIA Leon Panetta, selon lequel l'Iran dispose d'«assez d'uranium faiblement enrichi» pour fabriquer deux armes et pourrait mettre au point un engin en deux ans s'il le voulait.

«Si cette information est confirmée (...) cela va rendre la situation encore plus tendue et je n'exclus pas que cela puisse demander un examen supplémentaire», a poursuivi le président russe, sans plus de précision.

Moscou qui construit la première centrale nucléaire iranienne à Bouchehr (Sud) a soutenu et voté début juin une proposition américaine de nouvelles sanctions à l'ONU contre l'Iran, soupçonné de chercher à se doter de la bombe nucléaire sous couvert d'un programme civil.

La Russie, comme ses partenaires du G8, a condamné samedi l'Iran dans la déclaration finale du sommet des pays industrialisés à Huntsville, près de Toronto, qui exhorte Téhéran à un «dialogue transparent» sur son programme nucléaire.

L'Iran a traditionnellement pu compter sur l'appui de Moscou dans son bras de fer avec les Occidentaux à propos de son programme nucléaire, mais la Russie a perdu patience et se montre de plus en plus irritée face à l'attitude des Iraniens.

Moscou a notamment très mal pris le rejet par Téhéran d'un accord d'échange d'uranium impliquant la Russie pour en signer un autre avec la Turquie et le Brésil.

Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque, le 26 mai, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a accusé Dmitri Medvedev de s'asseoir «aux côtés de ceux qui avaient été ses ennemis il y a 30 ans», une allusion aux Etats-Unis.

Le conseiller diplomatique du Kremlin Sergueï Prikhodko avait alors dénoncé «la démagogie politique» de l'Iran.

La Russie a gelé en juin la vente controversée de missiles sophistiqués S-300 à l'Iran à la plus grande joie d'Israël et des Occidentaux.

Elle a aussi barré à Téhéran l'accès à l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui regroupe la Russie, la Chine et des pays d'Asie centrale et est considérée comme un contrepoids à l'Otan en Asie centrale.

Le président Medvedev a pourtant reconnu récemment dans un entretien au Wall Street Journal que la Russie devaient jouer avec plus de prudence que ses partenaires occidentaux en Iran où elle a d'importants intérêts économiques.

«Les Etats-Unis n'ont rien à perdre en imposant des sanctions supplémentaires, puisqu'ils n'ont pas de relation avec l'Iran, à la différence de la Russie et de la Chine», a-t-il fait valoir.

Ainsi Moscou a critiqué les sanctions supplémentaires imposées contre l'Iran par les États-Unis et l'Union européenne qui visent notamment le secteur sensible du raffinage du pétrole.

Et la Russie a toujours l'intention de procéder à la mise en service à la fin de l'été 2010 de la centrale nucléaire de Bouchehr qu'elle construit depuis 1994. Une attitude «schizophrène» aux yeux des États-Unis.