L'annonce de l'assassinat de ben Laden, dimanche soir, a pris tout le monde au dépourvu.

Nicolas Bérubé LA PRESSE

Pour plusieurs sceptiques, la nouvelle a provoqué un froncement de sourcils.

Est-on sûr qu'il s'agisse d'Oussama ben Laden? Pourquoi l'homme le plus recherché du monde vivait-il dans une demeure bien visible, sans bunkers, sans tunnels souterrains? Pourquoi les États-Unis ont-ils fait disparaître son corps en haute mer si rapidement? Où sont les photos?

L'une des critiques est venue de Cindy Sheehan, militante pacifiste bien connue et dont le fils militaire, Casey Sheehan, a été tué en Irak.

«Je suis désolée, mais si vous croyez en la mort d'OBL, vous êtes stupides, a-t-elle écrit après l'annonce. Pensez-y: quand les fils de Saddam ont été tués, ils ont paradé leurs corps à gauche et à droite pour prouver qu'ils étaient morts. Pourquoi pensez-vous qu'ils ont jeté cette version d'OBL à la mer si rapidement?»

En France, le Nouvel Observateur a donné la parole à Bruno Fay, auteur du livre Complocratie, qui s'intéresse aux théories du complot. «On a un criminel qui est tué dans des conditions un peu opaques avec un corps dont on n'aura pas d'autopsie, a-t-il dit. On ne saura pas non plus par qui il a été réellement abattu. Il ne sera jamais jugé».

Les doutes de Mulcair

Au Québec, certains étaient ouvertement sceptiques. C'est le cas de Thomas Mulcair, député néo-démocrate fraîchement réélu dans Outremont. Hier, M. Mulcair s'est invité dans le débat en affirmant qu'il ne croyait pas que les États-Unis possèdent des images du cadavre de ben Laden.

«D'après ce que j'ai entendu, je ne crois pas que ces photos existent, a dit M. Mulcair au journaliste Evan Solomon, de la CBC. Je crois que, s'il s'est passé quelque chose là-bas, cela requiert une analyse complète», a-t-il ajouté.

L'administration Obama a dit avoir établi l'identité de ben Laden en comparant son ADN à celui de sa soeur, morte il y a quelques années à Boston des suites d'une maladie. L'ennemi public numéro un des États-Unis serait également reconnaissable sur l'une des photos sanglantes prises par les forces spéciales américaines après le raid.

Satisfaire les sceptiques

La décision de l'administration Obama, hier, de ne pas dévoiler les photos du cadavre du terroriste servira sans doute à alimenter les théories du complot.

Or, la diffusion des images n'aurait sans doute pas réussi à satisfaire les sceptiques, a soutenu Ezra Klein dans le Washington Post. Pour les adhérents à la théorie du complot, la diffusion des images de ben Laden mort «ne servirait qu'à prouver que quelqu'un au sein de l'administration Obama sait utiliser Photoshop».

Au final, c'est à ben Laden lui-même de prouver qu'il est toujours en vie, a-t-il ironisé. «Si ben Laden est vivant, il n'a qu'à diffuser une vidéo.»