Plus de 100 jours après le déversement du premier baril de brut dans le golfe du Mexique, BP a annoncé mercredi le succès de la première phase du bouchage de son puits maudit, une étape cruciale en vue de son colmatage définitif.

Mis à jour le 5 août 2010
Richard Hétu, Collaboration spéciale LA PRESSE

Commencée la veille, l'opération static kill a atteint son objectif, selon le groupe pétrolier, à savoir contenir la pression du puits «par la pression hydrostatique des boues injectées». L'ex-amiral Thad Allen, chargé de coordonner la lutte contre la marée noire, s'est dit «très optimiste sur le fait qu'il n'y aura plus de fuite de pétrole dans la nature».

De son côté, le président Barack Obama a qualifié de «très bonnes nouvelles» le succès apparent de l'opération static kill ainsi que les conclusions d'un rapport gouvernemental sur la marée noire.

Selon ce rapport, 74% du pétrole qui s'est écoulé dans le golfe du Mexique depuis l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon a été éliminé. Un tiers du brut a été brûlé, dispersé avec des produits chimiques, récupéré à la surface ou pompé à la sortie du puits, selon l'étude réalisée par l'Agence océanique et atmosphérique et le département de l'Intérieur.

Plus de 41% du pétrole s'est évaporé ou s'est dispersé sous l'action des forces de la nature comme le soleil, le vent et les bactéries.

«Les scientifiques nous disent qu'environ 25% du pétrole n'a pas été récupéré, ne s'est pas évaporé ou n'a pas été éliminé par la nature», a déclaré sur la chaîne ABC Carol Browner, responsable des questions énergétiques et environnementales à la Maison-Blanche.

Selon le gouvernement américain, 4,9 millions de barils de pétrole se sont échappés du puits endommagé. Si l'on se fie aux données officielles, cela signifie que 1,3 million de barils souillent encore les eaux du Golfe - à la surface ou juste en dessous - et le rivage.

Cette situation a fait dire au président Obama qu'il reste encore «beaucoup de travail à faire» pour remettre le golfe du Mexique en bon état.

Deux scénarios sont à l'étude pour le colmatage définitif. On pourra injecter du ciment dans le puits par la même voie que celle que l'on a utilisée pour le static kill. Si ce scénario est rejeté, les ingénieurs passeront directement à l'opération bottom kill, qui consiste à cimenter le puits par en dessous grâce aux puits de secours construits dans les dernières semaines.

«Pas aussi terrible que ce que les médias ont laissé entendre»

La mer est d'azur, la pêche de nouveau largement autorisée: les habitants de Venice, dans le sud de la Louisiane, aimeraient que tout redevienne comme avant la marée noire. Mais les touristes ont fui et les restaurants servent des crevettes importées de Chine.

«La marée noire n'est pas aussi terrible que ce que les médias ont laissé entendre», dit Bill Butler, commerçant et hôtelier, en contemplant les eaux claires de la marina. «La quantité de pétrole qui s'est répandue, c'est comme un moucheron sur le derrière d'un éléphant. »

«Les gens ont l'impression que tout, ici, est couvert de pétrole, mais ce n'est pas vrai, dit Chris Callaway, capitaine d'un bateau qui emmène pêcher les touristes. Vous pouvez vous balader toute la journée sans rien trouver.»

Chris Callaway fait des sorties dans le Golfe tous les deux ou trois jours depuis que la zone a été rouverte à la pêche, il y a trois semaines. Il a pris des rascasses, des crevettes, des truites. Les avertissements des écologistes sur les dangers des dispersants répandus par BP pour détruire les nappes de pétrole ne l'inquiètent pas: «Ça a un goût de poisson. Je ne suis pas encore mort.»

- Avec AFP