Du pétrole lourd a commencé à atteindre les côtes de la Louisiane, un scénario appréhendé qui pourrait donner un avant-goût des semaines à venir dans les États menacés par la marée noire.

Mis à jour le 21 mai 2010
Nicolas Bérubé LA PRESSE

Un mois après l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon, la marée noire - et non les résidus de surface - souille maintenant les berges marécageuses de Pass-a-Loutre, à l'extrémité sud de la Louisiane, dans l'embouchure du fleuve Mississippi.

«Le jour que nous avions tous craint est arrivé», a dit le gouverneur de la Louisiane, Bobby Jindal, mercredi soir.

M. Jindal appelle désormais les équipes de secours à empiler des sacs de sable près des marécages du sud de l'État, où le pétrole arrivé sur la côte ne représente qu'un infime pourcentage de la marée noire qui s'étire sur des centaines de kilomètres plus au large.

Le président du comté de Plaquemines, Billy Nungesser, est catégorique: «La marée noire qui entre dans les marécages va tuer toutes les plantes et les animaux qui s'y trouvent», a-t-il dit en point de presse, hier. L'armée américaine n'a pas répondu à ses demandes concernant l'installation de sacs de sable pour protéger les zones sensibles, a-t-il souligné.

Des journalistes qui se trouvaient plus à l'ouest, dans l'île d'Elmer, ont aussi vu d'importantes quantités de pétrole lourd sur les plages et dans les marais.

Plus au nord, des pêcheurs ont trouvé des centaines de poissons morts à Eloi Bay. Les autorités ne pouvaient dire hier si ce fait était lié à la marée noire, qui n'a pas encore atteint cette région.

La Maison-Blanche hausse le ton

Hier, la Maison-Blanche a envoyé une lettre à BP pour intimer l'entreprise de partager davantage d'informations avec le public et les autorités.

Robert Gibbs, porte-parole de la Maison-Blanche, a dit souhaiter que BP publie ces informations sur son site web. «Nous voulons que BP ait une attitude de transparence quant à l'étendue du déversement et à la nature des efforts menés dans le golfe du Mexique», a-t-il dit.

Pour la première fois, BP a admis hier que les estimations situant le volume quotidien de la fuite de pétrole à 5000 barils étaient en deçà de la réalité. L'entreprise a rappelé que les données qu'elle diffuse ne sont qu'approximatives.

La Chambre des représentants, qui exigeait depuis des jours que BP diffuse les images du déversement, a finalement commencé à relayer en direct la vidéo de la fuite sous-marine sur un site prévu à cet effet. La popularité des images a été telle que le site était sollicité au-delà de ses capacités durant la journée d'hier.

Pour l'heure, BP dit pomper 3000 barils par jour au moyen d'un tuyau inséré dans la fuite, à 1,5 km sous la surface du golfe du Mexique. Il ne s'agit que d'une fraction du pétrole qui s'échappe du puits.

Pourparlers avec Cuba

L'administration Obama a entrepris des pourparlers avec Cuba afin de mettre en place un plan d'urgence dans l'éventualité où le pétrole poussé par le Gulf Stream contaminerait la région des îles Keys, en Floride, et les plages du nord de Cuba.

«Je peux vous confirmer que nous avons des discussions (avec Cuba), a dit hier le porte-parole du département d'État, Gordon Duguid. Nous avons le devoir d'informer tous nos voisins, tous les pays qui pourraient être touchés par les désastres qui surviennent dans les limites de nos eaux territoriales.»