Les appels à la démission de la rectrice d'une université californienne se sont multipliés, dimanche, alors que la direction de l'établissement a suspendu deux policiers ayant déchargé leur arme au poivre de Cayenne sur des manifestants assis, vendredi.

Mis à jour le 21 nov. 2011
Nicolas Bérubé LA PRESSE

Les images de la confrontation de vendredi ont été vues à travers le monde, et ont plongé l'Université de Californie à Davis (UC Davis) dans la tourmente. Samedi, l'Association des facultés de l'université a demandé la démission de la rectrice, Linda Katehi.

«Des étudiants et des membres de la faculté ont été aspergés de poivre de Cayenne directement dans les yeux et la bouche, battus, traînés par les bras et menottés. Cette violence non provoquée est disproportionnelle et excessive», dit l'association, dans un communiqué.

Plus de 40 000 personnes ont signé une pétition en ligne demandant à Mme Katehi de quitter ses fonctions.

Le président de l'Université de Californie, Mark G. Yudof, a dit être «consterné» par les images des policiers aspergeant de poivre de Cayenne des étudiants assis par terre.

«Je compte faire tout en mon pouvoir en tant que président de cette université pour protéger le droit de nos étudiants et de notre personnel à prendre part à des manifestations non violentes», a-t-il noté.

Dix arrestations

Vendredi après-midi, la police de UC Davis a entrepris de déloger des indignés qui campaient sur le terrain de l'université, située à 130 kilomètres à l'est de San Francisco. Une fois les tentes démontées, une douzaine d'étudiants se sont assis par terre et ont formé une chaine humaine. Ils étaient immobiles et silencieux. Peu après, les policiers ont décidé de les asperger de poivre de Cayenne, pendant qu'environ 200 curieux regardaient la scène, l'air ébahi.

La plupart des manifestants arrosés par le jet de poivre baissaient la tête et ne bougeaient pas. Des témoins ont rapporté avoir vu des policiers ouvrir les yeux et la bouche des manifestants afin d'asperger le produit de façon plus directe.

«Honte à vous!» ont scandé les personnes présentes, selon une des vidéos de l'événement diffusées sur YouTube.

Plusieurs manifestants ont été conduits à l'hôpital. Dix personnes ont été arrêtées durant l'opération.

Présent à la manifestation, Nathan Brown, professeur adjoint au département d'anglais de UC Davis, demande à la rectrice de quitter ses fonctions.

«J'ai vu un étudiant cracher du sang 45 minutes après qu'on l'eut aspergé de poivre de Cayenne directement dans la gorge, écrit-il dans une lettre ouverte. Voilà ce qui est arrivé. Vous êtes responsable.»

La rectrice Katehi a dit avoir donné l'ordre aux policiers de déloger les manifestants. Samedi, elle a mis sur pied un comité chargé de faire la lumière sur les évènements survenus la veille.

«J'ai parlé avec des étudiants en fin de semaine et je comprends leur colère. Je suis profondément attristée par ce qui s'est produit sur le campus et je prends l'entière responsabilité de l'incident. Je m'engage à prendre des actions afin que cela ne se reproduise plus.»

Mme Katehi a dit à l'Associated Press ne pas avoir l'intention de démissionner. Des représentants de l'université n'ont pas rappelé La Presse, dimanche.

La décision d'employer du poivre de Cayenne a été prise sur place, par les policiers, qui se sentaient «pris au piège par les manifestants», a dit la direction de l'université.

Or, plusieurs vidéos montrent les policiers en train de marcher librement autour des manifestants, qui ne parlaient pas et n'agissaient pas de manière provocante.

Samedi soir, au lendemain de l'incident, environ un millier d'étudiants ont manifesté devant les locaux de la rectrice.

Une conférence de presse menée par la Mme Katehi doit avoir lieu lundi sur le campus, où des étudiants comptent organiser une manifestation pour réclamer son départ.