Un récent jugement de la Cour supérieure du Québec pourrait empêcher Montréal d'imiter New York qui vient de démanteler de force Occupy Wall Street, selon Me Julius Grey. Prêt à défendre en cour les indignés montréalais, l'avocat vient de faire condamner la métropole à payer près de 200 000$ à des manifestants détenus après l'occupation d'un parc... en 1996.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

À l'époque, Montréal tentait de dissuader marginaux et sans-abri de dormir à la place Émilie-Gamelin, anciennement connue comme le square Berri. Devant la multiplication des avertissements et constats distribués par les policiers, un groupe a organisé une manifestation pour occuper le parc durant la nuit du 28 au 29 juillet 1996.

Présents en force, les policiers ont évacué les quelque 200 manifestants vers 3h du matin, mais 78 d'entre eux sont revenus deux heures plus tard. Encerclés, ils ont été arrêtés et détenus une partie de la journée.

«Humilation injustifiée»

Un recours collectif intenté par l'un des manifestants, David Kavanaght, vient de connaître son dénouement. Dans son jugement rendu le 14 septembre dernier, le juge André Prévost reconnaît que les policiers ont eu raison de les arrêter, mais pas de les détenir, une «humiliation» injustifiée. Disant vouloir éviter de tels dérapages à l'avenir, le juge de la Cour supérieure a condamné la Ville à verser 2500$ à chacun des 78 manifestants «injustement détenus» le 29 juillet 1996, soit 195 000$. La Ville conteste toutefois la somme accordée par le juge.

«Ce jugement dit que lorsque quelqu'un viole un règlement municipal, les policiers peuvent l'arrêter, mais ne peuvent pas le menotter et le garder», explique Julius Grey qui représentait les manifestants de la place Émilie-Gamelin. L'avocat estime maintenant que la Ville doit désormais se limiter à distribuer des contraventions. Disant vouloir préserver le droit de manifestation, l'avocat s'est d'ailleurs dit prêt à défendre les droits des indignés s'ils devaient être expulsés de force par la police. «S'ils viennent me voir, je serai certainement prêt à défendre leurs droits.»

La perspective de voir les policiers leur remettre des amendes n'effraie en rien les militants rencontrés hier. «Dans le monde dans lequel on veut aller, ces tickets ne vaudront plus rien. Alors, ils pourraient m'en donner 3000. Je pourrais même leur demander de me laisser leur carnet de contraventions, je vais m'en écrire tous les jours», a lancé Félix Saint-Laurent.



Abris solides démantelés

Malgré le démantèlement d'Occupy Wall Street, Montréal a assuré, hier, maintenir sa politique de tolérance à l'égard des occupants du square Victoria. «Ça ne change rien. On ne prend pas nos directives de la police de New York. On a notre propre stratégie et on mise toujours sur le dialogue», a indiqué Darren Becker, attaché de presse du maire Gérald Tremblay.

Dans les faits, les indignés montréalais disent ressentir de plus en plus de pression depuis une semaine, quand la Ville leur a demandé de démanteler leurs abris solides. Afin d'éviter un affrontement, Occupons Montréal a d'ailleurs obtempéré en partie, quelques-uns des abris en bois ayant disparu au cours des derniers jours.

Trop peu au goût du service des incendies qui continue à réclamer la disparition de plusieurs cabanes improvisées.

La Presse a d'ailleurs assisté à une tournée de deux inspecteurs qui ont demandé aux indignés de se débarrasser des tentes datant d'avant 1990, celles-ci ne répondant pas aux normes actuelles contre le feu.

«Ils veulent nous forcer à démanteler par nous-mêmes, mais on ne se laissera pas faire», a indiqué Félix Saint-Laurent.

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Julius Grey.