De Lula à Poutine en passant par un haut représentant de l'ONU, les soutiens de nature très variable à Julian Assange, emprisonné à Londres, se sont multipliés jeudi, alors qu'augmentaient les cyber-attaques contre «les adversaires» du site WikiLeaks qu'il a créé.

Marie-Pierre Frery AGENCE FRANCE-PRESSE

«Pourquoi a-t-on mis Assange en prison? C'est ça la démocratie?», a lancé jeudi le Premier ministre russe, en réponse à la question d'un journaliste sur des télégrammes diplomatiques américains récemment dévoilés par WikiLeaks qui décrivent l'ampleur de la corruption en Russie. «Il faut commencer par balayer devant sa porte. Je renvoie la balle à nos collègues américains», a ajouté M. Poutine.

Au cours de la même conférence de presse le Premier ministre français François Fillon, en déplacement à Moscou, a condamné les révélations de WikiLeaks, qu'il a qualifiées de «vols et recel de vol», deux délits «condamnables».

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, a au contraire exprimé sa «solidarité à propos de la divulgation des documents, et protesté contre (l'atteinte) à la liberté d'expression». Premier chef d'État à déclarer son soutien au fondateur de WikiLeaks, il a appelé ses concitoyens à «poster sur le blog du Planalto» (le site de la présidence) leurs protestations.

La Haut commissaire aux droits de l'homme de l'ONU Navi Pillay a de son côté craint que les pressions exercées sur les compagnies fournissant des services au site WikiLeaks ne puissent «potentiellement constituer une violation du droit à la liberté d'expression de WikiLeaks».

Des cyber-pirates ont mulitplié les attaques contre les entreprises qui privent WikiLeaks d'accès à des moyens financiers ou s'en prennent à lui: après Visa, Mastercard et PayPal, le site du gouvernement suédois a été mis hors service plusieurs heures, ont rapporté jeudi les médias suédois.

«C'est une guerre informatique, nous voulons que l'internet reste libre et ouvert à tous, comme il l'a toujours été», a déclaré jeudi matin à la BBC un interlocteur se disant membre du groupe de pirates informatiques «Anonymous» sous le nom d'emprunt de «Coldblood».

Anonymous a revendiqué en ligne mercredi l'«Opération Riposte» qui a rendu inaccessible pendant plusieurs heures le site de l'émetteur de cartes de crédit Visa, et a perturbé celui de son concurrent Mastercard.

Jeudi, Anonymous avait annoncé une attaque similaire contre le site d'Amazon à 11 h, mais plus d'une heure après le moment prévu de l'attaque, le site fonctionnait normalement.

Amazon avait cessé la semaine dernière d'héberger le site de WikiLeaks, lui reprochant d'avoir violé son règlement.

Aux Pays-Bas, un adolescent de 16 ans, qui a été interpellé à La Haye, a avoué avoir participé à des cyber-attaques menées par des sympathisants de WikiLeaks contre Mastercard et Visa, a annoncé jeudi le parquet national néerlandais.

Le jeune homme «fait probablement partie d'un plus grand groupe de hackers, à propos duquel l'enquête se poursuit», précise le communiqué du parquet, qui évalue à «plusieurs milliers» le nombre d'ordinateurs impliqués.

Pour sa part, WikiLeaks a nié jeudi dans un communiqué tout lien avec Anonymous.

Julian Assange s'apprêtait jeudi à passer une troisième nuit en prison, sous mandat d'arrêt européen pour des agressions sexuelles remontant au mois d'août dernier en Suède.

Les partisans d'Assange craignent que la Suède ou la Grande-Bretagne ne finissent par le remettre aux États-Unis, où il fait figure d'ennemi public numéro un.

Une procédure d'extradition peut prendre plusieurs mois avant de devenir effective, en raison des multiples recours possibles.