Le régime syrien maintenait mardi une attitude de défi après les sanctions imposées à son président Bachar al-Assad par l'Europe et les États-Unis, même s'il se retrouve de plus en plus isolé en raison de la répression du mouvement de contestation qui a fait un millier de morts.

Publié le 24 mai 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Au moins 1062 personnes ont été tuées par les forces de sécurité syriennes depuis le déclenchement à la mi-mars des manifestations, a affirmé à l'AFP Ammar Qourabi, président de l'Organisation nationale des droits de l'Homme, en précisant qu'elles avaient «été tuées par balles».

Selon lui, 10 000 personnes ont également été arrêtées.

M. Qourabi, basé en Égypte, a précisé que l'opposition syrienne allait «tenir du 31 mai au 2 juin un congrès à Antalya (en Turquie) pour soutenir la révolte en Syrie et les revendications du peuple syrien».

Ce congrès sera ouvert à tous les courants de l'opposition, aux personnalités indépendantes et aux représentants de toutes les confessions, a-t-il ajouté, évoquant notamment des courants qui se sont exprimés dans le cadre de la «déclaration de Damas», un groupe de réformateurs réclamant des changements démocratiques lancé en 2005.

Alors que la révolte est entrée dans son troisième mois sans signe de fléchissement, le régime syrien continue de défier les pressions et les sanctions en rejetant toute «ingérence» dans ses affaires et en poursuivant ses tentatives de faire taire la contestation.

Sur le terrain, les forces de sécurité et l'armée maintiennent le siège de plusieurs foyers de la révolte, dont Homs (centre), Banias (nord-ouest) et Deraa (sud), où les informations filtrent au compte-gouttes vu le black-out ordonné par Damas et les fortes restrictions imposées aux médias étrangers.

Mardi, au lendemain de l'annonce des sanctions, la presse gouvernementale syrienne a accusé l'Union européenne de même que les États-Unis d'«ingérence», leur faisant prêter des «plans» visant à marginaliser le rôle de Damas dans la région, surtout face à Israël.

«Sous prétexte de chercher à défendre les droits de l'Homme et d'instaurer une démocratie à l'Américaine, des complots ont été tramés pour servir les intérêts des États-Unis aux dépens des autres», écrit Al-Thawra.

Pour le journal Baas, du nom du parti unique qui dirige d'une main de fer la Syrie depuis près de 50 ans, «les sanctions ignorent les réformes annoncées, (les Européens) cherchant à mettre en application leurs propres objectifs dans la région».

En pleine révolte, le pouvoir a abrogé l'état d'urgence en vigueur depuis les années 1960 mais il a dans le même temps continué à réglementer les manifestations et à réprimer les protestataires.

Les Européens «ont commis une erreur lorsqu'ils s'en sont pris au président en adoptant des sanctions qui nuisent au peuple syrien», a lancé de son côté lundi soir le chef de la diplomatie, Walid Mouallem.

«La Syrie ne restera pas silencieuse face à ces mesures qui vont nous affecter comme elles affecteront les intérêts de l'Europe», a-t-il dit,.

Selon la liste complète publiée mardi, dix personnalités du régime, dont M. Assad et le chef d'état-major de ses forces armées Dawoud Rajiha, ont été sanctionnées par l'UE qui les a interdits de visa et a gelé leurs avoirs.

Ces personnes viennent s'ajouter à une liste de 13 caciques du régime déjà visés depuis le 10 mai par ces mêmes sanctions.

Considérant M. Assad comme «ordonnateur et maître d'oeuvre de la répression contre les manifestants» en Syrie, la Suisse a également gelé ses éventuels avoirs, ont indiqué les autorités helvétiques.

Les États-Unis ont eux aussi sanctionné la semaine dernière M. Assad, le président Barack Obama le prévenant au passage qu'il avait le choix entre «diriger la transition, ou s'écarter».

Les Européens ne vont pas aussi loin et s'abstiennent d'évoquer son départ. Mais s'il ne change pas «rapidement» de cap, l'UE se dit «prête à prendre des mesures supplémentaires sans délais».

Néanmoins, l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International a estimé qu'il existait «le danger» que tout cela ne soit que «trop peu et trop tard» et a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à agir de façon «plus déterminée» avec la Syrie.

Les discussions se poursuivent aux Nations unies. Mais la «menace d'un veto russe» pèse toujours, a convenu le chef de la diplomatie française Alain Juppé.