Le gouvernement français, qui avait annoncé en grande pompe à la mi-février la tenue d'un débat sur l'islam, est engagé depuis quelques jours dans une intense séance de rétropédalage.

Mis à jour le 4 mars 2011
Marc Thibodeau LA PRESSE

Plusieurs ténors de l'UMP, parti de la majorité, ont exprimé leurs réserves quant à l'initiative du président Nicolas Sarkozy pour couper l'herbe sous le pied de l'extrême droite. Le premier ministre François Fillon a notamment indiqué lundi qu'il n'accepterait pas que la communauté musulmane française soit injustement montrée du doigt.

«Si ce débat devait être centré sur l'islam, s'il devait, d'une manière ou d'une autre, conduire à stigmatiser les musulmans, je m'y opposerai, je le dis très clairement, je m'y opposerai», a-t-il déclaré sur les ondes de la radio RTL lundi.

À l'Assemblée nationale, il a souligné par la suite que le but devait être de «réévaluer le principe de laïcité» afin que les musulmans puissent vivre leur foi «librement et dignement».

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, a assuré hier qu'il n'était pas question de cibler les musulmans. Le débat, a-t-il dit, «a toujours porté sur la laïcité».

Lors de l'annonce du débat, à la mi-février, M. Copé avait indiqué qu'il «fallait poser un certain nombre de problèmes de fond sur l'exercice des cultes religieux, singulièrement le culte musulman et sa compatibilité avec les lois laïques de la République».

Quelques jours plus tôt, Nicolas Sarkozy avait déclaré sur les ondes de TF1, en réponse à une question sur le multiculturalisme: «Il doit y avoir un islam de France, et non un islam en France.»

Selon le quotidien Le Figaro, il a ensuite relevé, devant de proches collaborateurs, que c'était «une bonne idée de parler de multiculturalisme»: «Il faut que l'UMP lance un débat sur l'islam. Moi, je veux aller plus loin: je ne veux pas de minarets, pas d'appels à la prière dans l'espace public, pas de prières dans la rue.»

Exercice nécessaire?

Des membres de l'aile la plus radicale du parti estiment que l'exercice est nécessaire à des fins électorales, en particulier pour endiguer la montée du Front national (FN) de Marine Le Pen, crédité de près de 20% des voix pour l'élection présidentielle.

Il faut qu'un «certain nombre d'électeurs qui pourraient être tentés de donner leur voix au FN puissent aujourd'hui comprendre qu'il existe des options et des propositions à l'UMP», a dit Hervé Novelli, secrétaire général adjoint du parti.

Plusieurs membres de la majorité craignent que le débat ne dérape comme l'avait fait un exercice similaire mené sur la question de l'identité nationale en 2009. Des élus de droite avaient multiplié les sorties à teneur raciste, forçant le gouvernement à couper court.

La tenue d'un débat sur l'islam sert «non pas à débattre, mais à inquiéter, non pas à rassembler, mais à opposer les Français entre eux» au nom de «je ne sais quel obscur calcul politicien», a accusé cette semaine un député centriste, Hervé de Charette.

La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, affirme que Sarkozy cherche à «faire peur» à la population en parlant d'islam de manière «à masquer ses échecs et les turpitudes de son gouvernement».