La recette a déjà été testée avec succès: un auteur profite de ses connaissances des coulisses politiques pour écrire un roman à clé mettant en scène un personnage qui ressemble à s'y méprendre à l'occupant de la Maison-Blanche. Et, pour assurer à son livre un maximum de publicité, il cache son identité derrière le pseudonyme Anonymous.

Mis à jour le 16 févr. 2011
Richard Hétu, collaboration spéciale LA PRESSE

Ces ingrédients avaient contribué en 1996 à la popularité de Primary Colors, roman picaresque sur la campagne présidentielle de 1992 du gouverneur Jack Stanton, bête politique doublée d'un coureur de jupons, et de son ambitieuse femme Susan, copies conformes de Bill et Hillary Clinton. Les médias avaient fini par forcer le journaliste Joe Klein à avouer la paternité du livre, mais pas avant que celui-ci ne se vende à plus d'un million d'exemplaires. On devait annoncer un peu plus tard une adaptation sur grand écran avec John Travolta et Emma Thompson dans les rôles principaux.

Mystère...

Anonymous, auteur mystérieux d'O: A Presidential Novel, rêve sans doute d'une réussite semblable pour son roman sur la campagne de réélection de Barack Obama, qui paraîtra demain aux États-Unis. S'il faut se fier aux premières critiques, le livre n'a pas la verve, l'humour ou la profondeur de Primary Colors. Mais le mystère qui plane sur l'identité de son auteur suffit à faire de cet ouvrage un des sujets de conversation les plus populaires à Washington ces jours-ci.

Qui a écrit O? Joe Klein fait encore partie de la liste des suspects, à laquelle s'ajoutent les noms de David Plouffe (ex-directeur de campagne d'Obama), Richard Wolffe (journaliste et biographe du président Obama), Mark Salter (proche collaborateur de John McCain), Ana Marie Cox (fondatrice du blogue politique Wonkette) et Lawrence O'Donnel (un des producteurs de West Wing), entre autres.

Dans un communiqué diffusé la semaine dernière, l'éditeur d'O, Simon & Schuster, s'est contenté de dire que l'auteur du roman était «quelqu'un qui a été dans la pièce avec Barack Obama et qui connaît ce monde intimement», une description qui ne restreint guère le cercle d'auteurs potentiels.

Quoi qu'il en soit, les premiers lecteurs d'O concèdent à son auteur une bonne connaissance de la dynamique d'une campagne à la Maison-Blanche et de l'écologie des médias. D'où le plaisir que devraient tirer de la lecture du roman les accros de la politique américaine, qui reconnaîtront notamment David Axelrod, conseiller de Barack Obama, dans le personnage échevelé d'Avi Samuelson, et Arianna Huffington, fondatrice du site internet The Huffington Post, dans celui de Bianca Stefani, progressiste fortunée dont la cause la plus chère est «sa propre notoriété».

Mince intrigue

Mais ces premiers lecteurs s'accordent également pour déplorer la minceur de l'histoire et des personnages du roman, dont Barack Obama, appelé O tout au long des quelque 350 pages du livre. Anonymous brosse de lui un portrait qui ne surprendra personne: O est bon orateur, un père de famille dévoué et un intellectuel distant qui fume en secret et nourrit un mépris certain pour le jeu politique et la gent médiatique.

L'arrogance et l'hypocrisie dont fait montre O ont conduit la critique du New York Times, Michiko Kakutani, à soupçonner l'auteur du roman d'être «un sympathisant républicain ou, à tout le moins, quelqu'un qui est très désillusionné par le président Obama».

Dans le roman, O rêve d'avoir comme adversaire républicain à la Maison-Blanche en 2012 «la Barracuda», personnage calqué sur Sarah Palin. Il affrontera plutôt Thomas Morrison, gouverneur du Nord-Est dont la feuille de route impressionnante combine celle du général David Petraeus, commandant des forces internationales en Afghanistan, à celle de Mitt Romney, ancien gouverneur du Massachusetts qui a fait fortune dans le privé avant de se lancer en politique.

Contrairement à Primary Colors, le candidat démocrate d'O n'est pas celui par qui le scandale arrive. Ce rôle revient plutôt à Cal Regan, directeur de la campagne de réélection du président, qui tombe amoureux de Maddy Cohan, étoile montante du journalisme politique.

Dans les derniers jours de la campagne, le site internet de Bianca Stefani dévoilera des secrets sur le compte de Regan qui mettront en péril la réélection du président démocrate.

Qui est l'auteur d'O? Mark Salter, ancien collaborateur de John McCain, n'est pas un mauvais choix. Il a écrit à titre de nègre les livres du sénateur d'Arizona, dont Faith of My Fathers, excellente autobiographie, et il pourrait très bien avoir décidé d'assouvir un besoin de vengeance par l'entremise d'un roman.