Le message d'Allison Low s'est perdu dans la cacophonie d'une journée qui a déjà été consacrée au recueillement.

Mis à jour le 13 sept. 2010
Richard Hétu LA PRESSE

Peu avant le début des cérémonies du neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 à Ground Zero, cette libraire de l'Arkansas s'est plantée devant la tribune des journalistes en brandissant une affiche sur laquelle on pouvait voir une photo de sa soeur Sarah, morte dans un des avions détournés, et lire la phrase suivante : «Aujourd'hui, il ne s'agit que de ma soeur et des innocents tués il y a neuf ans.»

Il aurait fallu en glisser un mot aux organisateurs d'une manifestation contre le projet de construction d'une mosquée près de Ground Zero, dont l'orateur principal était Geert Wilders, député néerlandais d'extrême droite qui doit être jugé en octobre dans son pays pour incitation à la haine et à la discrimination.

«L'Amérique, New York et la charia sont incompatibles. New York, c'est la liberté», a déclaré Wilders devant 2000 manifestants réunis dans le sud de Manhattan, non loin de Ground Zero.

«Nous ne devons jamais tendre une main à ceux qui veulent nous dominer», a-t-il ajouté en qualifiant d'«humiliation» le projet controversé de l'imam Feisal Abdul Rauf, musulman new-yorkais réputé pour sa modération.

Environ 1500 personnes avaient manifesté plus tôt dans la journée pour exprimer leur appui aux promoteurs de la mosquée et dénoncer l'intolérance religieuse.

La politisation des attentats du 11 septembre 2001 ne date pas d'hier. Le plus meurtrier des actes de terrorisme perpétrés en sol américain a contribué à la justification de deux guerres et de mesures qui continuent encore aujourd'hui à diviser les Américains. La tragédie a également servi de thème électoral à plus d'un candidat.

»Je ne l'aurais jamais fait»

Mais le neuvième anniversaire des attaques aura mis fin à la trêve politique qui a marqué les commémorations précédentes. L'ancienne candidate à la vice-présidence Sarah Palin et l'animateur de télévision Glenn Beck ont ainsi choisi la journée de samedi pour tenir en Alaska un rassemblement pour «patriotes» au cours duquel ils ont ironisé sur leur candidature respective à l'élection présidentielle de 2012.

Cette politisation est attribuable en bonne partie au 51Park, nom de ce centre culturel islamique abritant une mosquée à deux pâtés de maison de Ground Zero. Le projet a provoqué un débat houleux et douloureux non seulement sur son opportunité, mais également sur la place de l'islam aux États-Unis.

Un débat dont les débordements ont surpris celui qui en est la cause.

«Je ne l'aurais jamais fait», a déclaré l'imam Rauf lors d'une entrevue diffusée hier sur la chaîne ABC, après que la journaliste Christiane Amanpour lui eut demandé s'il aurait choisi le même lieu pour son projet s'il avait su ce qu'il s'ensuivrait.

«Je suis un homme de paix. Et l'objectif d'un travail en faveur de la paix n'est pas de faire quelque chose qui provoquerait la controverse», a-t-il dit.

Même s'il n'a pas écarté d'emblée le déplacement de son projet, l'imam a exprimé son inquiétude qu'un tel geste «renforce les radicaux dans le monde musulman» et contribue à leur fournir de nouvelles recrues.

Il a également estimé que le projet du pasteur Terry Jones de brûler des exemplaires du Coran «aurait renforcé les extrémistes» s'il avait été mis à exécution samedi.

«Cela aurait augmenté les possibilités d'attaques terroristes contre les États-Unis et les intérêts américains. Cela aurait provoqué un désastre dans le monde musulman», a-t-il dit.

Exception ou tournant?

Le neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 constituera-t-il une exception ou marquera-t-il un tournant dans les commémorations de l'événement? À la même époque l'an prochain, les candidats républicains à la Maison-Blanche mèneront leur campagne pour y déloger Barack Obama.

Il sera intéressant de voir si l'un d'eux trouvera quelque chose à redire du message que tenait samedi au Pentagone le président démocrate, message qu'il répétera peut-être le 11 septembre 2011 : «Ils (les islamistes radicaux) peuvent bien essayer de provoquer des conflits, mais en tant qu'Américains, nous ne sommes pas et ne serons jamais en guerre contre l'islam. Ce n'est pas une religion qui nous a attaqués en ce jour de septembre. C'était Al-Qaïda. Un groupe pitoyable d'hommes qui pervertissent la religion.»

«Et tout comme nous condamnons l'extrémisme à l'étranger, nous respectons notre essence de pays de diversité et de tolérance», a ajouté le président.