Un mètre quatre-vingt-six, quatre-vingt-cinq kilos: Mike Thompson n'a pas exactement le profil type d'une grenouille de bénitier. Avant de devenir un fervent chrétien, il s'était surtout fait une réputation de dur à cuire dans des gangs de rue.

Mis à jour le 24 avr. 2010
Yves Schaëffner, collaboration spéciale LA PRESSE

Aujourd'hui père de famille et employé dans une scierie du Tennessee, Mike Thompson dit devoir sa rédemption au Seigneur et aux... combats ultimes.

«Mike s'entraîne avec moi depuis près de cinq ans, explique son pasteur et entraîneur John Renken. C'est un gars très loyal qui a fait beaucoup d'excès dans le passé. Il avait des problèmes de tempérament et Dieu a réellement transformé sa vie.»

Fondateur d'XTreme Ministries, John «The Saint» Renken fait partie de ces pasteurs qui ne voient aucun mal à prêcher la parole de Dieu sur un ring ou dans une cage, pourvu que l'on se signe avant de s'y combattre.

«Dans l'Exode, le verset 15:3 dit que le Seigneur est un guerrier, alors je veux bien en être un», explique celui dont l'église se double d'une salle de gym. Sa vision du Christ? «Un combattant venu sur terre pour renverser le royaume tyrannique de Satan» et non pas un «hippie» qui ne faisait que tendre l'autre joue.

Attirer des jeunes hommes

Selon The New York Times, environ 700 des 115 000 églises évangélistes blanches américaines se servent des combats ultimes, sport où presque tous les coups sont permis, pour attirer des jeunes hommes à la messe.

Brandon «The Fight Pastor» Beals, de Seattle, appartient à cette génération de pasteurs peu orthodoxes. «J'ai introduit le combat libre dans mon église il y a environ cinq ans», explique-t-il au téléphone. S'il n'organise pas de combats lui-même, ce pasteur de 37 ans présente des retransmissions de combats ultimes dans son église et commandite des pugilistes.

Dans ses sermons qui attirent plus de jeunes dans la vingtaine que de têtes grises, Brandon Beals n'hésite pas à multiplier les allusions à son sport préféré. «J'utilise des métaphores pour dire aux gens de ne pas se décourager, de continuer à se battre face à l'adversité», dit-il.

Il se voit comme une sorte de missionnaire qui va rejoindre ses brebis égarées là où elles se trouvent. L'alcool qui coule à flots, les filles qui se promènent en bikini sur les rings et l'ambiance pleine de testostérone des combats ultimes ne le découragent pas, au contraire.

Pourquoi pas le soccer?

«Quand nous allons à un combat, nous nous voyons un peu comme la lumière dans les ténèbres. Nous essayons d'apporter une touche spirituelle dans un lieu qui en manque cruellement. Nous allons dans ces compétitions en nous préparant spirituellement. Nous ne buvons pas, nous ne regardons pas les filles en minijupes, nous sommes simplement là pour servir d'exemple», assure Brandon Beals.

Naturellement, ce prosélytisme ultra-viril est loin de faire l'unanimité parmi les évangélistes. «Je trouve cela troublant et très inquiétant. Un des fondements du christianisme est de ne pas blesser, de ne pas heurter les autres», déplore la révérende Monica Corsaro, également de Seattle.

«Si ces pasteurs veulent vraiment attirer les jeunes, pourquoi n'ont-ils pas recours au football ou au soccer? Pourquoi est-ce que cela devrait être des combats ultimes? C'est totalement contraire aux enseignements chrétiens», conclut-elle, un brin dépitée.