Le controversé groupe musulman Tablighi Jamaat veut construire la plus grande mosquée d'Europe occidentale dans l'est de Londres, à proximité du futur parc olympique. Mais le projet est loin de faire l'unanimité.

Mis à jour le 15 oct. 2008
Yves Schaëffner, collaboration spéciale LA PRESSE

Trois barrières de sécurité, deux «gardes»: n'entre pas qui veut sur le site où devrait être construite la plus grande mosquée d'Europe occidentale, dans l'est de Londres. Des jeunes seraient venus causer du grabuge, si je comprends bien l'anglais approximatif de Mohammed Ashraf qui surveille bénévolement l'entrée.

 

Situé dans une zone industrielle, enclavé entre deux voies ferrées, l'endroit ne s'apparente pourtant qu'à un terrain vague en ce moment. Seul un vieux bâtiment décrépit accueille des fidèles qui viennent y prier ou y séjourner pendant quelques jours.

Mais si les prières du groupe missionnaire Tablighi Jamaat sont exaucées, une spectaculaire mosquée pouvant accueillir 12 000 fidèles devrait y voir le jour d'ici quelques années, potentiellement à temps pour les Jeux olympiques de 2012. À moins d'un kilomètre du futur stade olympique, le projet devrait également accueillir une école et coûter entre 120 et 165 millions de dollars.

Opposition au projet

Sauf que l'idée ne fait pas l'unanimité. Une pétition s'opposant à la gigantesque mosquée a recueilli plus de 280 000 signatures sur le site Web du premier ministre britannique l'année dernière. Seule une pétition contre une taxe routière a recueilli plus de signatures jusqu'à présent.

S'il n'a pas signé ladite pétition - qui avait des relents presque racistes -, le conseiller d'arrondissement Alan Craig de l'Alliance du peuple chrétien n'en est pas moins vertement opposé au projet. «Ma principale préoccupation concerne les gens qui sont derrière cette mosquée. Tablighi Jamaat est un groupe qui cherche à diviser. Ils encouragent les musulmans à se séparer du reste de la société, s'inquiète-t-il. Ils font la promotion d'une vision très étroite et rétrograde de l'islam».

Originaire de l'Inde et du Pakistan, le mouvement Tablighi Jamaat défend une vision rigoriste de l'islam. Ses adeptes se font un devoir de suivre l'exemple du prophète Mahomet, allant jusqu'à dormir à même le sol pour l'imiter. Le groupe compterait près de 80 millions d'adeptes dans le monde.

Bien que Tablighi Jamaat se défende de toute activité politique, Alan Craig souligne que le groupe a été lié à des terroristes à plusieurs reprises. Des exemples? Deux des quatre responsables des attentats du 7 juillet 2005 à Londres ont visité les installations du groupe, tout comme Richard Reid qui avait tenté de faire détoner des explosifs dissimulés dans ses chaussures à bord d'un vol entre Paris et Miami.

«Construire une mosquée de cette taille au coeur même de Londres, c'est implanter un terrain de recrutement djihadiste», soutient Irfan al-Alawi, directeur international du Centre pour le pluralisme islamique.

Moins catégorique, le mufti Barkatullah, une figure modérée et respectée de l'Islam à Londres, croit que le groupe est quelque peu diabolisé. «Certains croient qu'il s'agit de conspirateurs avec de mauvaises intentions, mais je pense plutôt que ce sont des gens avec une pensée un peu simpliste et étroite. Ce ne sont pas des extrémistes. Ils sont juste un peu naïfs et des extrémistes peuvent en profiter pour utiliser leurs installations», croit-il.

Le mufti Barkatullah accueille ainsi avec sérénité l'idée d'une mosquée géante à proximité du site des Jeux olympiques: «On accuse les gens de Tablighi Jamaat d'être trop secrets. L'idée qu'ils veuillent «faire partie» des Jeux olympiques et qu'ils veuillent s'impliquer dans la communauté devrait être bien accueillie.»

À l'entrée des lieux, Mohammed Ashraf est quant à lui sûr d'une chose: controversée ou pas, la mosquée verra le jour si Allah le veut bien. «Parce qu'Allah décide de tout», explique-t-il avant de retourner prier.